Ce qui frappe toujours chez Vigier, c’est la qualité et la beauté des instruments… Aucune attente, dès qu’on ouvre l’étui, on prend la baffe « et pis voilà ! » (c’est mémée…). Il faut dire que la mienne se pare d’une table en érable ondé au dessin boisé naturellement architectural, fondu dans une couleur assez indéfinissable qui passe du ciel bleu au gris nuageux absolument magnifique, c’est ce que Patrice appelle le « saphire blue », bien trouvé ! La guitare change littéralement de couleur suivant l’éclairage et la luminosité ambiante au point qu’il est très délicat de la photographier, le mieux est évidemment de la voir (et encore mieux de l’avoir…) en vrai ! Chaque Excalibur (j’oserais presque dire chaque Vigier) est unique, chacun a la sienne, aucune ne ressemble aux autres sauf évidemment à choisir une couleur opaque, un autre « délire » qui a aussi ses adeptes et un certain charme si j’en juge par la toute dernière A/P (active/passive) présentée en piano black. Dans la gamme Excalibur, l’Ultra et l’Ultra Blues ont cette particularité de ne pas proposer de pickguard, ce qui « révèle » le veinage du bois. C’est une des raisons qui me font les préférer à toutes les autres. C’est sans doute un peu plus fragile, mais ça vaut la peine…
G66

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La deuxième tartine s’avale sans attendre non plus lorsqu’on extrait la guitare de son écrin… On sait immédiatement qu’on a en main un instrument de haut vol. Il se dégage cette impression de boulot de pro, un peu comme quand on ouvre la portière d’une Porsche et qu’on s’installe au volant. C’est sans fioritures, « y a pâ dix mille boutons ! » mais tout est là, ajusté au quart de poil, et tout en impose, de la taille des mécaniques Schaller bloquantes à la douceur du manche vernis semi-mat ou semi-brillant comme on veut...
Passer à l’acte est un plaisir indescriptible…
La troisième claque, on ne l’a pas vue venir : le manche de ces grattes est juste « parfait », pas trop fin ou trop plat comme sur beaucoup d’Ibanez, pas trop gros comme sur la plupart des Fender, pas trop typé comme chez Music Man, je le redis « parfait » ! La technique Vigier 90/10 (90% de bois 10% de carbone est une innovation qui commence à dater mais s’avère toujours payante : les manches Vigier ne nécessitent pas de réglage. Je rappelle qu’ils ne disposent pas de l’habituel Truss Rod sans doute en lui-même responsable des problèmes de rigidité que l’on peut quelquefois connaître (mais d’où vient donc cette étrange idée que « percer » un manche en bois de part en part le rend plus fort et plus stable ?). Comme déjà mentionné plus haut, la « douceur » de ce manche est-elle aussi assez « unique ». Il ne s’agit pas d’un manche huilé mais bien « verni », oui mais juste ce qu’il faut pour à la fois le préserver des agressions de nos mimines fiévreuses et autoriser des descentes vertigineuses sans réfléchir…

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Je pars dans mes phrasés habituels sans même me soucier de ne pas être branché… ça devient très grave là !!!!!! Quand ça sonne comme ça « en acoustique », la suite se devine aisément… Mémée me regarde en dansant la carmagnole, un bout de camembert délicatement explosé entre le pouce et l’index qu’elle trempe allègrement dans un bol de café bouillant, romantique…. Lorsque je me décide enfin à « rentrer » la bestiole dans le Kemper, c’est l’apothéose… Je commence non innocemment par une grosse disto « delayée » comme j’aime… Ah, il va falloir que je retouche légèrement mes presets car la demoiselle envoie fort, et puis non en fait je laisse comme ça… WWWWWaow comment ça arrache, mémée est ejectée de son fauteuil et se retrouve « collée » au plafond, le temps de baisser le potard de volume… Elle retombe… Merde, sur le chat qui ronflait paisiblement sur le paillasson… Tout plat le chat, quant à mémée, c’est elle qui ronfle maintenant…

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Je n’ai pas eu besoin de « toucher » au chevalet, il est monstrueusement « réglé » d’emblée, les cordes si près de la touche que je n’en reviens même pas, j’adore ça… Et ça ne frise pas, et c’est juste de la première à la dernière case… Fort, très très fort. Je ne me souviens pas que mon Exca Custom certes de 96 était aussi irréprochable. Une fois calmé, j’essaie d’autres presets, un peu moins « gras ». Tout ce qui reste en disto plus ou moins prononcée est une pure merveille, propre, précis (certains diront « trop » précis…), ça ne « bave » pas, ça ne larsène pas, ça ne crachouille pas, je vous laisse apprécier sur les videos (notamment le cover d’Eruption où le gros son bien gras s’émancipe clairement dans les EMG).



Pour aborder des ambiances plus « blues », c’est certes un peu plus compliqué. Il faut « retenir » la cavalerie et aller chercher dans les entrailles du preamp les outils nécessaires avec les réglages qui vont bien mais rien d’impossible, n’en déplaise aux détracteurs d’EMG. Bien au contraire, la preuve ici… et dans la même vidéo, à ceux qui affirment que les EMG sont dédiés à la disto et ne souffrent pas les sons clairs je réponds donc ceci :



A l’usage, l’Ultra se révèle donc beaucoup plus polyvalente qu’elle ne le laisse penser… Son gros point fort reste « naturellement » les sons disto, de tous types, de toute intensité, du gorgeous metal au hard rock basique. En EMG 81/85 et ici touche érable, L’Excalibur est un pur régal. Pour qui affectionne les sons « propres » et « ultra » précis, je ne vois pas ce qui pourrait exister de mieux dans l’univers saturé où une variété de nuances et de couleurs incroyable est possible avec cette guitare. Associée à des outils modernes comme le Kemper Profiling Amp ou l’Axe FX II, il devient difficile de passer à table quand mémée sonne le rappel, la soupe refroidit, on se fait tirer des oreilles heureuses déjà fortement sollicitées mais après s’être pris un tel pied que la douleur passe inaperçue…

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Sur cette guitare « moderne », l’avantage des EMG reste leur absence totale de bruits de fond qui permet d’exploiter tout le potentiel sonore en disto et favorise parallèlement l’émergence de vraies harmoniques jamais « bouffées » par les grrrrr, bzzzz, chhhh…. Un détail qui a aussi son importance : on fera moins usage du noise gate et on préservera ainsi grandement la base organique du son… L’inconvénient majeur reste l’impossibilité « relative » d’utiliser le potard de volume de la guitare, du moins d’une manière aussi efficiente qu’avec des micros passifs. On est davantage dans le « tout ou rien » sauf à jouer à un volume sonore très conséquent. L’Ultra sera donc moins adaptée à un jeu « roots » « guitare + ampli » sans effets, ça, ce sera plus le terrain de jeu de l’Ultra Blues si on souhaite rester dans la même veine chez Vigier... L’Ultra brillera vraiment associée à des presets très « travaillés » en amont, des trucs qui lui collent bien à la peau. Elle donnera tout son sens à la planète numérique associée à des effets appropriés... Une guitare montée en EMG est toujours une guitare un peu moins « instinctive » mais pour moi, qui reste un musicien très (« beaucoup trop ») « cérébral », c’est une qualité… Cela oblige à vraiment « bosser » ses sons et le résultat final est toujours à la hauteur du temps passé… Attention, moins « instinctive » ne signifie pas moins « expressive », vous n’aurez jamais en main une gratte « froide » de « laboratoire », ne procurant aucune réelle sensation de jeu et qui exclurait toute association avec un joujou vintage à bougies… Travail en amont ne signifie pas non plus que l’impro soit impossible… Bref, ne confondons pas précision et « glace » et d’ailleurs, la chaleur est avant tout dans les doigts, non ?... Les détracteurs des guitares Vigier sont souvent des gens qui ne les ont pas essayées, ou pas assez. Ne nous voilons pas la face, il existe aussi une forme de snobisme à ne voir la vie du rock qu’au travers d’une Fender ou d’une Gibson. Par ailleurs, je n’insisterai jamais assez sur le ridicule qui consiste à essayer une gratte en magasin sur un ampli pourri ou qu’on ne connait pas, dans un contexte inconnu, souvent bruyant et avec un instrument non « réglé » à sa main… C’est même un problème très central dès lors qu’on s’expose à l’achat d’une pelle qui dépasse « les 3000 z’euros… » (c’est encore mémée) : trouver l’espace et le temps adéquat permettant l’essai dans les règles sans lequel l’erreur de casting brisera inévitablement votre rêve…



Je vais encore faire jaser mais il m’a toujours semblé qu’on pouvait aborder tous les styles de musique avec les EMG, y compris le jazz, surtout s’il est rock. Il faut juste « adapter » et s’y prendre un peu différemment. Par contre, aucun micro passif n’offrira ce tranchant et cette clarté à part peut-être les Benedetti « ultra » vintage de mon Arpege, comme quoi…

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Je n’ai pas abordé le sujet « vibrato »… c’est pourtant un sujet qui m’importe énormément moi qui suis désormais totalement infoutu de jouer sans… Simplicité est sans doute le mot qui le caractérisera le mieux. Se passer de la machine de guerre et du bloc cordes à la Floyd est juste un luxe inestimable mais c’est compliqué quand on est un vrai adepte de cet outil magique car il est également très ch… de devoir réaccorder toutes les cinq minutes. Associé aux mécas Schaller de gros calibre… le vibrato 2011 Vigier monté sur roulements à billes fait partie de ces raretés qui offrent le beurre et l’argent du beurre : justesse parfaite, jamais besoin d’y revenir et un accès permanent à l’accordage sans fine tuners au cas où. Je ne parle pas de la facilité de changer les cordes et de maintenir l’instrument « en place » sans nécessiter la trousse de secours et l’après midi qui va avec pour tout retrouver dans l’ordre… Très agréable à manier, il permet les mêmes fantaisies que celui, encore plus basique mais non moins efficace de la Luke… Vraiment excellentissime ! J’allais oublier, la tige est blocable dans la position souhaitée, il suffit pour cela de « visser » et pas besoin de chercher. C’est un détail sans doute mais combien de fois ai-je pesté contre ça sur mes Ibanez, « scotchées » au teflon ou « bloquées » au vernis à ongle…

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Petite astuce qui a son intérêt et que je conseille vivement à tout utilisateur de ce type de vibrato non blocable : la goutte d’huile (c’est une recette de mémée)… Ouvrez la friteuse, plongez la louche dedans, à chaque changement de cordes (avant de les remettre en place) versez son contenu sur le sillet de votre Vigier… Et après, on en parle plus ! Plus sérieusement, une pointe d’huile (on trouve des trucs très bien et pas chers dans les magasin d’alimentation bio…) dans chaque fente du sillet avant d’y replacer les cordes rend votre vibrato définitivement indésaccordable… Essayez, vous verrez !

Pour finir, voilà toujours la question qui fâche… Le prix ! « Ben oui hein parce que ça vaut quand même 3500 pépètes ton bousin là !!!!! C’est le prix d’un troupeau de biques… » Et ouais, on tape dans le haut du haut de gamme mais je suis bien payé pour savoir que même dans ce haut là, il y a quelquefois des surprises et même quelques aberrations pour ne pas parler carrément d’abus… Prenez une Fender Strat Custom Shop par exemple et comparez… Vigier, c’est pas américain non… mais ça devrait ?… Je compare cette Excalibur aux plus belles Music Man BFR, tout y est, avec un petit truc en plus, allez savoir si la French touch, ici comme dans beaucoup d’autres domaines, n’y est finalement pas pour quelque chose…

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