Issue de l’étroite collaboration entre Washburn, Nuno Bettencourt et le fameux maître luthier de Seattle Stephen Davies dans le milieu des années 90, la Washburn N4 n’a cessé d’évoluer et de se bonifier au fil des ans. Le Namm 2011 a d’ailleurs vu la sortie de plusieurs « nouveaux » modèles N4, essentiellement différents dans le choix des bois utilisés pour sa construction : un modèle en Korina, un autre en noyer et un en Koa, tous magnifiques...
Les 3 nouveaux modèles présentés au Namm 2011 :

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D’abord construite à la main dans les ateliers de Stephen Davies (entre 1990 et 1992), la construction de la N4 a ensuite été totalement prise en charge par Washburn dans son
propre Custom Shop de Chicago…

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La N4 est une super Strat avec tête reverse. Selon les modèles, la table souvent typée vintage et arborant quelques marques d’usure factice ainsi qu’un bel autocollant N4 peut déplaire mais il faut reconnaître que cet apparat lui procure un charme particulier qui pourrait laisser à penser qu’on a entre les mains une guitare qui a vécu, dans le bon sens du terme… Même constat pour ce qui est de l’acastillage, qui semble lui aussi avoir « vécu », les mécaniques Grover et le vibrato Floyd Rose original comprennent de belles traces de rouille mais rassurez vous, ce n’est que de la décoration car dans son utilisation, le Floyd de la N4 est bien tel qu’on le connaît (lorsqu’il est convenablement ajusté)… Parlons en d’ailleurs, la guitare que j’ai testé était (une fois n’est pas coutume) parfaitement réglée et le Floyd était un vrai régal, souple, léger et tenant définitivement l’accord. Cela m’a vraiment réconcilié avec ce vibrato souvent collé à la table et dont la manip n’est pas top, notamment parce qu’il est régulièrement réglé beaucoup trop raide…

Côté micros, la Washburn N4 embarque deux humbuckers bien différents. Le micro bridge est un Bill Lawrence L500 à barrettes avec très haut niveau de sortie. Branchée sur un Marshall JVM, tous les sons saturés et notamment les grosses saturations de shredders sont envisageables. Je me suis vraiment régalé sur cette position aigue, le son est vraiment plein, avec juste ce qu’il faut de mediums et d’aigus pour ne pas partir dans tous les sens. Noise gate conseillé malgré tout, si l’on veut pouvoir lâcher le manche de la guitare sans nécessairement couper le volume car je le répète, on est vraiment dans le très haut niveau de sortie… L’utilisation avec une Wha, en l’occurrence une Morley Bad Horsie peut rendre fou……. J’ai tellement aimé ce son que j’ai commandé un Bill Lawrence que j’ai monté successivement sur plusieurs guitares dont une Vigier Excalibur Custom (je sais, certains vont me maudire…) mais, et c’est ce qui est très intéressant à noter : je n’ai jamais retrouvé le grain de la N4. Comme quoi, contrairement à ce que l’on pense quelquefois, la construction et les matériaux composant l’instrument ont réellement leur importance…….

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Le micro manche est un Duncan 59… Ce qui, a priori, n’a pas grand chose à voir avec le Bill Lawrence. C’est d’ailleurs sa principale raison d’être car il offre un choix de sons totalement différents, ce qui donne à la N4 un côté plus polyvalent et permet de ne pas se cantonner à un style de musique et un seul. Le Seymour Duncan autorise sans problème quelques belles incursions dans le blues et peut même se comporter assez « jazzement » si on prend soin de lui adjoindre un beau son clair (comme celui du Marshall JVM) avec une légèrement compression.
Le mélange des deux micros est assez surprenant, pas mal en Crunch et plutôt sympa en son clair pour jouer en arpèges avec un peu de chorus. Le plus gênant sera peut être la différence de niveau entre les deux micros si on doit les utiliser au sein d’un même morceau. Il faudra parallèlement jouer des pieds pour balancer le son qui va bien au moment où l’on passe d’un micro à l’autre pour ne pas perdre en volume.

Le manche de la N4 est en érable et dispose d’une touche en ébène, ce qui n’est plus vraiment fréquent car on lui préfère souvent le palissandre, un peu moins dur, et un peu moins claquant… Pour en revenir au son, c’est d’ailleurs cette alchimie assez originale entre les différents éléments qui « font » la guitare, qui lui donnent ce son inimitable, à la fois puissant, direct et très tranchant, sans tomber dans l’exagération qui la rendrait injouable. Sans forcément en avoir l’air, la N4 est une guitare très étudiée, très « pensée » et les différentes essences de bois dernièrement proposées confirmeront sans doute ce constat, j’aimerais beaucoup les essayer les unes à la suite des autres pour « écouter » en quoi ces différentes essences font varier la sonorité… Le manche donc, est un 22 cases pas trop large, très agréable et doux au toucher, assez comparable à celui d’une vraie Strat avec le vernis brillant en moins. Sa particularité se situe au niveau de la jonction corps/manche : le « Stephen’s extended cutaway » offre un accès aux aigus optimal, une sorte de découpage du talon du manche qui permet le placement de la main sans forcer et sans se démettre le poignet.

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Jouée debout, la N4 est bien équilibrée mais reste assez lourde. Si vous l’essayez à vide, sans être branchée, vous vous apercevrez qu’elle sonne déjà fort, c’est un signe…

Au son d’enfer en saturation et très agréable côté manche, la Washburn N4 fait partie de ces guitares typées que l’on aime ou que l’on déteste. Pour ceux qui en douteraient encore, c’est une vraie Custom Shop, chère mais c’est normal, disponible dans de nombreuses essences de bois, le fait qu’elle soit estampillée Washburn ne doit pas effrayer… Les amateurs de Strat ne s’y retrouveront pas forcément, par contre les Shredders devraient absolument l’essayer, sûr qu’ils n’y resteront pas longtemps indifférents… Je l’ai beaucoup appréciée, elle fera sans nulle doute partie de ma « collection » un jour, et pas seulement pour décorer !!!!