Cette guitare exceptionnelle a une histoire, et une "vie" tourmentée... C'est cette histoire "d'amour" que je m'en vais vous conter aujourd'hui.
G66
J'ai flashé sur cette Arpège il y a bien longtemps, c'était lors d'un salon de la musique à Paris. Celle que j'avais repéré était noire et "coupée" de deux liserets blancs, équipée des micros Bennedetti que les habitués connaissent bien, doubles bobinages rouges du plus bel effet. La marque Vigier commençait à émerger mais n'avait pas encore la notoriété qu'on lui connaît aujourd'hui. L'Arpège était l'unique proposition de la marque mais guitares et basses faisaient tourner les têtes même si je me souviens à l'époque des commentaires et boutades de certains, qui pensaient gaillardement que tout cela ferait long feu..... Les innovations et expérimentations en tous genres mettaient Vigier un peu à part , il était pas mal critiqué pour cela, un peu "attendu au tournant" je crois. Moi, j'aimais beaucoup ce côté "aventurier" de la lutherie qui me semblait audacieux et plutôt bienvenu dans ce monde uniforme de Gibson et de Fender...

Quelques moi plus tard, y consacrant toutes mes modestes économies d'étudiant de l'époque, je passais commande d'une Arpège "noire" équipée d'un vibrato monté sur roulements à billes (la grande nouveauté Vigier) chez Distribution Music... Le carton fut vite déballé et quelle ne fut ma surprise de découvrir l'instrument que vous avez sous les yeux : une Arpège "Rouge", avec vernis translucide........ La première impression fut plutôt mauvaise car j'étais fixé sur le modèle précis que j'avais vu au salon, déception! Je tentais la négociation avec DM mais je compris rapidement que mes espoirs étaient vains car passer commande d'un modèle chez Vigier risquait de nous emmener vers des délais d'attente inimaginables pour moi à ce moment. Je gardais donc l'exemplaire en question, et la noire en mémoire. Tous mes potes de l'époque ne tarissaient pas d'éloges sur la beauté de cette gratte et je finis moi aussi, par la trouver magnifique.

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Le son était droit et offrait des perspectives inespérées face à mon habituelle Gibson Les Paul qui fut vite revendue. L'Arpège disposait d'une égalisation paramétrique qu'aucune autre guitare ne proposait et les Benedetti, puissants et parfaitement adaptés à la guitare faisaient pâlir tous mes copains gratteux de l'époque. C'est sur cette Arpège que je fis mes premiers dives bombing, à l'origine non équipée de blocage au sillet, c'était une vraie péripétie...

Puis Patrice Vigier présenta le Nautilus, un système de mémorisation des sons encore une fois unique, directement intégré dans la caisse de la guitare et qui permettait de fabriquer des sons à l'aide des multiples égaliseurs présents et de les sauvegarder, puis de les rappeler au pied avec un pédalier fourni ou éventuellement à la main avec un petit switch... Que n'avait-il pas fait là! Ce truc hanta mes nuits pendants des semaines, comment faire pour se procurer ça ? Je contactais alors Patrice (je ne sais pas s'il s'en souvient) et lui demandais s'il était envisageable de monter le Nautilus dans mon Arpège... Il me répondit dans un premier temps que cela lui semblait difficile var il serait nécessaire de réusiner la caisse pour y loger toute l'électronique, ce qui paraissait relativement "risqué" et surtout pas très raisonnable. Il me proposa alors de passer commande d'une autre guitare, équipée d'origine mais mes moyens ne me le permettaient pas et, chaque Vigier étant "unique", je ne me voyais pas abandonner la mienne pour une autre.........

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Devant mon désarroi, il accepta le challenge... Je portais donc mon Arpege à Evry, elle y séjourna quelques semaines, et je la récupérai avec un Nautilus intégré et un blocage du vibrato au sillet..... C'était bien, une guitare pleine de boutons, avec une petite led et ce fameux prisme permettant de visualiser le numéro du preset en cours. 19 sons mémorisables et je précise qu'à l'époque, il n'y avait pas encore tous ces racks programmables, le midi en était à ses balbutiements, etc..... Par contre, le son n'était plus le même. Je pense que la pléthore d'égaliseurs avait fini par rendre l'affaire très complexe, il y avait parfois quelques bugs, bref, un choix finalement très discutable, difficile à maîtriser pleinement en concert , discutable oui, c'est le terme qui convient...

Quelques années passèrent et la Vigier se retrouvait de plus en plus souvent dans sa caisse, à dormir. J'utilisais davantage des Jackson simplistes, qui me permettaient d'aller droit au but, sans fioritures ni prises de tête, des guitares de scène en quelques sortes.... Jusqu'au jour où l'un de mes élèves me proposa de me la racheter, il tombait à pic, j'avais grand besoin de fonds pour acquérir de nouveaux amplis. L'Arpège me quitta, ou je la quittais je ne sais pas... Ce fut un petit déchirement comme beaucoup ont pu les connaître, et oui, c'est très con, ce ne sont que quelques planches de bois (du beau bois bien sec c'est vrai....) mais les passer à quelqu'un d'autre... pas évident. Je n'irais bien sûr pas jusqu'à faire le parallèle avec "les gens" mais j'imagine qu'une séparation de coeur, même lorsqu'il n'y a plus vraiment de sentiments peut revêtir les mêmes formes de désespérance...

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Je vécu ainsi, seul.......... (Non je déconne...) pendant près d'une vingtaine d'années mais je pensais souvent à MON Arpège. Quelle erreur! Avoir vendu un objet aussi unique, j'imaginais qu'un jour peut-être....

Nonchalamment et sans grand espoir, je postais un message sur le forum Vigier un jour de 2006, racontant sommairement cette histoire et expliquant ma quête : retrouver cette guitare, savoir ce qu'elle était devenue, rejouer un jour dessus....




Un soir de mai, je reçu un appel téléphonique étrange. "Salut, j'ai lu ton message sur le forum, je pense que je suis l'actuel propriétaire de cette Arpège, en tous cas elle correspond à la description, je t'envoie des photos"....... Incredible!!!!! Les photos, le n° de série, le flycase, tout était vrai!!!!!!!! Moi qui réside sur Le Havre, la guitare était arrivée dans l'est, du côté de Mulhouse. Elle ne "fonctionnait" plus, le Nautilus était HS mais tout le reste était nickel, lutherie, vernis comme neufs, manche impeccable, frettes au top et le plus incredible, c'est que ce monsieur fort aimable, sensible à ma démarche un peu genre bouteille à la mer, me proposa à son tour de la racheter, pour un prix que je n'ose même pas dire ici, celui d'une Ibanez bas de gamme....... Pas mal non ?

Nous nous sommes ainsi "retrouvés" après des années de voyages multiples respectifs. J'ai confié la guitare à Camille Mainnemare, luthier à Rouen et après de longues heures de discussion, nous avons convenu de déposer le Nautilus (je sais certains vont me maudire pour ça....), de garder les Bennedetti en les recâblant comme à l'origine, c'est à dire sans bidouilles graves. Les modifs qui ont finalement été apportées sur mon Arpège sont les suivantes :
-retour à un câblage classique type Gibson pour les micros
-remplacement du blocage sillet (un peu rouillé) par un sillet graphite
-remplacement des mécaniques d'origines par des Spertzel blocables
-réglage complet du chevalet cordier et de la guitare pour un tirant de cordes 9-42
-remplacement de la tige vibrato en alu par une tige en acier
Pour ne pas dénaturer ni exploser la table, les boutons du Nautilus ont été conservés.

Aujourd'hui, inutile de vous dire que le tout est parfait. Cette guitare n'a absolument rien à envier à des modèles plus récents. Le manche conducteur et super fin est ultra rapide et confortable (pourquoi ne pas avoir continué dans ce sens M. Vigier ?) et le son des Benedetti est tel qu'à l'origine, un vrai son rock, des micros super puissants même quelquefois difficiles à "canaliser" avec les sons que j'utilise habituellement sur l'Exca ou la Luke...Quant au vibrato, c'est loin d'être une antiquité, certes un peu "massif" il joue parfaitement son rôle et procure des sensations au moins aussi fortes que celles que procure un Floyd. Bien sûr, le côté remplacement des cordes est un peu archaique, encore que, il n'est pas si éloigné de ce qui se fait actuellement, il faut simplement y aller avec précaution et doigté, pour ne pas dénaturer ni maltraiter l'ensemble.

Je n'en dirai pas davantage car cette guitare n'est malheureusement plus produite et vous ne pourrez donc vous la procurer qu'en occase, ce que je ne peux manquer de vous conseiller en faisant malgré tout très attention à l'état général de la guitare que vous achèterez, certaines ne sont plus vraiment en état. "Tigerfoods" (membre actif de Fret-Time.com) faisait allusion à Stradivarius pour décrire avec passion SA Passion, je ne peux que reprendre ses dires pour qualifier mon Arpège et en profiter pour tirer un grand coup de chapeau à Patrice Vigier pour toute son oeuvre. Sans jamais fléchir et céder à la tentation du fric pour le fric, Patrice s'est évertué à proposer et à fabriquer des modèles de guitares vraiment haut de gamme. La tenue dans le temps de cette Arpège le prouve, la qualité n'est pas un vain mot chez Vigier, comme vous en conviendrez en voyant les photos, le vernis est resté "neuf", comme au premier jour et pourtant la guitare a vécu, bougé, changé de mains... Des mains expertes sans aucun doute que je remercie également au passage pour avoir maintenu l'instrument dans cet état jusqu'à aujourd'hui!

Oui.... Pour terminer, je précise, car j'ai déjà eu moultes propositions de rachat à des prix complètement oufs... ELLE NE SERA JAMAIS REMISE EN VENTE!!!!!!!!!