Je le reconnais humblement, j’ai pris mon temps… Mais c’était évidemment pour la bonne cause puisque je vous propose aujourd’hui un super test d’envergure pour tous les pratiquants de cette religion peu orthodoxe qu’est la guitare synthé, thème centra l de Fret-Time depuis la première heure. Le Fishman Triple Play est en quelque sorte la réponse de Fishman à Roland sur ce terrain un peu miné, un terrain sur lequel peu de constructeurs d’instruments de musique, même les plus talentueux ont osé s’aventurer… Il est vrai que les « pratiquants » en question ne sont pas non plus des millions puisqu’il doit se vendre un GR55 tous les…. 500 amplis Marshall, ceci expliquant peut-être aussi cela... Pour le coup, Fishman envoie le bois avec un outil innovant et très performant, un outil qui, même s’il peut de prime abord rappeler « physiquement » un capteur GK3 s’avère sensiblement différent dans l’esprit, et dans les usages. C’est parti, en video, et en audio comme d’hab !

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Triple Play ? Quoi qu’est ce ?

Sorti fin 2012 et « restylé » fin 2013, le Triple Play est un capteur hexaphonique qui, associé à un logiciel développé par Fishman autorise n’importe quel guitariste électrique à jouer des sons de synthé avec sa 6 cordes. Il se présente visuellement sous la même forme qu’un Roland GK3 : partie micro/capteur d’un côté et pavé de commande de l’autre, le tout relié par un mini fil. La similitude avec le GK s’arrête là car dans la boiboite, point de pédalier ou de rack annexe, juste une clé USB… Mystère…

Le premier vrai + du Triple Play réside dans le fait qu’il s’installe en quelques minutes, j’oserais presque dire quelques secondes, sur la guitare d’un côté et sur un ordinateur de l’autre… Le deuxième + tient dans un système totalement « wireless » qui exclue toute connectique complexe ou inhabituelle. Point donc non plus de prise 13 broches hyper fragile au fonctionnement erratique, de quoi rester un peu perplexe avant d’avoir réellement testé l’engin…

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Installation côté guitare :

Comme vous le constaterez dans la vidéo « Part 1 », je n’ai effectivement mis que quelques secondes à installer le capteur sur ma guitare. J’ai volontairement choisi une Ibanez JEM car c’est exactement le type de gratte sur lequel on ne penserait jamais à installer un capteur pour jouer du clavecin ou des flutes… Ce choix est délibéré, juste pour démontrer la polyvalence du système qui n’exclue d’emblée aucun type d’instrument, même les plus « rock »… Et ouais, mémée me le reproche souvent, je suis un homme de contradiction…



La manip est particulièrement simple : on dévisse l’attache courroie pour y intercaler une équerre qui recevra le pavé de commande et on « colle » le logement adhésif du capteur entre le chevalet et le micro aigu. L’ensemble s’avère ainsi amovible, le pavé de commande étant aimanté et le capteur « clipsable » dans son logement… Les avantages de ce type de montage sont multiples : pas de problème pour ranger la guitare dans son étui (les utilisateurs de GK me comprendront…), on peut « le déposer » sans difficulté et possibilité de l’utiliser sur plusieurs guitares sans devoir réinvestir dans l’intégralité du système. Fishman fournit d’ailleurs deux équerres et plusieurs cales, sympa… Les seules précautions à prendre sont d’utiliser la cale adéquate, plusieurs hauteurs sont dispos pour faire face à la multiplicité des types et des corps de guitare (avec ou sans pickguard) et de bien « centrer » les six « plots » du capteur sur les six cordes de façon à obtenir un tracking optimal. A l’usage, c’est no problemo, l’absence de prise et de gros fil, donc l’absence de poids, exclue tout risque de « décrochage » intempestif. Le pavé aimanté tient parfaitement en place sans requérir aucune fixation rigide d’aucune sorte…

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Le Triple Play nécessite une charge électrique secteur qui se pratique via un chargeur spécifique et permet d’obtenir 20h d’autonomie pour 90 minutes de charge (j’ai vérifié c’est même un peu plus…). On peut aussi l’utiliser « branché », quand on enregistre par exemple et qu’on est « rivé » au « bureau » sans besoin de bouger ou de se déplacer. Sur scène, il faudra donc anticiper et ne pas oublier de recharger les batteries…

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Le pavé de contrôle permet de changer manuellement les sons, up/down et d’accéder à quelques sous menus simples nécessaires au paramétrage. Comme sur un GK3, on peut à loisir sélectionner la guitare seule si elle est branchée en jack dans une carte son (car on peut évidemment mélanger le son des micros de la guitare avec celui des synthés obtenus via le capteur wireless), les synthés seuls ou le mélange guitare/synthés.

Installation côté ordinateur :

La partie capteur fixée sur la guitare et la clé USB « mystère » se comportent en fait comme un émetteur et un récepteur… Après avoir téléchargé le logiciel idoine sur le site de Fishman (toujours video Part 1), on branche la clé sur le Mac (ou le PC…), les deux parties indiquent qu’elles se sont mutuellement « repérées » et ça roule.

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Que les hells angels se rassurent, je n’ai rencontré aucune galère de paramétrage ou de non reconnaissance de ceci ou cela, il n’y a donc aucune raison de redouter cette incontournable étape d’installation. Dès lors que les deux parties se sont « reconnues », on visualise en direct le déplacement des doigts de la main gauche sur le manche représenté à l’écran, signe que l’affaire est en bonne voie. Il reste alors à indiquer au logiciel la carte son qui sera utilisée, la procédure étant exactement similaire à ce que l’on trouve dans un séquenceur type Cubase ou Logic.

Petite précaution à prendre, il faut absolument veiller à ce que la clé USB branchée dans l’ordinateur « voie » physiquement le capteur posé sur la gratte sinon, galère… J’ai en effet noté une absence régulière de signal lorsqu’on joue « dos au Mac », ce qui m’a d’ailleurs posé quelques problèmes pour l’enregistrement des vidéos. Dès lors que la clé est clairement « visible » par le capteur, tout rentre dans l’ordre et ça fonctionne impec même lorsqu’on se situe loin de l’ordinateur. Que vous utilisiez un « fixe » ou un portable, je ne saurais donc trop vous conseiller l’achat d’une petite rallonge filaire USB, qui permettra de relier et de positionner la clé là où elle sera le plus « visible » (quitte même à la scotcher le temps d’un concert pour éviter toute déconvenue).

« Ouais mais y a pas de son… »

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…blasphème déjà mémée qui sniffe le kilo de co….. farine honteusement dispersé sur la table de chêne médiévale.

« Comment k’ ça se pâsse ? » Plusieurs possibilités. Le Triple Play est livré avec deux synthés virtuels, versions « light » de chez IK Multimédia (Sample Tank XL) et Native Instruments (Komplete Elements) qui permettent de s’amuser sans rien investir de plus, pour qui n’a pas déjà de synthés à dispo. L’idée est bien sûr de vous mettre l’eau à la bouche afin que vous investissiez dans les versions lourdes de ces logiciels, tous deux monstrueux... mais malheureusement pas « donnés ». Une dépense pourtant quasi indispensable car le nombre de sons gracieusement offerts reste, on le devine, limité et vous aurez forcément envie de les multiplier pour exploiter le bousin à sa juste mesure. Cela étant, on trouve assez facilement sur le web des synthés et banques de sons « free » mais qui ne sont souvent pas de la qualité des offres payantes (on s’en serait douté…). Au-delà des synthés, l’offre logicielle fournie propose Guitar Rig 5 LE, le séquenceur audio Presonus Studio One et le logiciel de notation musicale « Notion Progression », ce qui, il faut le reconnaître compte tenu du prix de « l’ensemble » Triple Play est plus qu’honnête.

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Travaux pratiques :

Comme chez Roland, un certain nombre de réglages logiciels fins permettent le calibrage du capteur. De ces réglages dépendent très largement un fonctionnement optimal, ils sont essentiels et doivent toujours être pratiqués avec une guitare bien réglée, correctement accordée et si possible disposant de cordes neuves… Ils agissent notamment sur la sensibilité, le type de jeu (aux doigts ou avec un médiator), et sur les bends. Ils peuvent être différents et sauvegardés individuellement par patches selon le type de son choisi.

En mode « stand alone », le logiciel Fishman fonctionne tout seul comme un grand sans nécessiter quoique ce soit d’autre. Un clic pour l’ouvrir et c’est parti. Dans la mini table de mix affichée à l’écran se trouvent 5 pistes principales (+ 1 pour un synthé utilisant une pédale de sustain) : 1 pour la guitare, 4 pour les synthés. La piste « guitare » permet de sélectionner (ou non) Guitar Rig ou un autre soft du même genre… afin de mélanger de vrais sons de guitare avec des sons de synthé au sein de la seule interface Fishman. Jusqu’à 4 synthés virtuels présents sur votre disque dur peuvent être alignés en même temps.

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Si l’on se cantonne à l’offre logicielle fournie, on sélectionne Sample Tank et/ou Reaktor et on va chercher les patches pour se mettre du son au bout des doigts (il y en a de nombreux prêts à l’emploi). On peut bien évidemment bidouiller et créer ses propres sons/patches à partir de l’existant et se créer ainsi un set perso, une expérience très valorisante à condition d’avoir quelques notions de base bien utiles pour ne pas perdre un temps précieux en tâtonnant « au pif » dans les entrailles généreuses de ces très grosses machines virtuelles. Sans devoir retourner à l’école, les guitaristes « pur jus » devront donc ouvrir quelques manuels d’utilisation à moins de rester à la surface des choses et de n’utiliser que les presets « tout faits ». Si vous êtes propriétaire d’autres synthés virtuels par ailleurs, Fishman scanne votre disque dur et les identifie un à un. Vous pourrez alors les utiliser sans problème, de la même façon que les logiciels fournis, en plus ou non et sauvegarder vos « préparations » dans le soft Fishman lui-même pour retrouver les différentes associations, jouer en live et organiser les patches ou layers, extra… Même des usines à gaz comme Omnisphere de Spectrasonics (dont vous pourrez découvrir quelques aspects dans les vidéos) acceptent sans broncher la communication avec le Triple Play, extra également. Toujours pour les Hell’s, l’interface Fishman est très simple à utiliser, c’est intuitif, sans fioritures et surtout, ça marche du premier coup…

Le Triple Play utilisé avec Omnisphere :



La partie basse de l’écran laisse apparaître un manche de guitare (avec plusieurs finitions possibles pour le visuel… c’est coquet) sur lequel on peut suivre l’affichage des notes jouées en temps réel. Là n’est d’ailleurs pas le seul intérêt de cette présentation puisque le manche est splittable de haut en bas et de long en large. Pour les néophytes, cela signifie qu’il est possible d’avoir différents sons suivant l’endroit où l’on pose ses doigts sur le manche. Exemples : un son de basse sur les deux cordes graves, des nappes sur les quatre suivantes ou un son de violon entre le sillet et la 7è case et des cuivres entre la 7è et le haut du manche… 4 zones de split sont possibles, ce qui fait pas mal de possibilités pour un seul et même preset… « Mais comment qu’y font ça ? » s’intérroge légitimemment mémée… Ce n’est pas nouveau, Axon le proposait déjà il y a un paquet d’années mais c’est vrai que c’est assez… balaies.

L’autre solution consistera à ouvrir votre DAW et à utiliser les synthés virtuels qui s’y trouvent avec votre gratte favorite simplement en sélectionnant les pistes adéquates, ce qui vous autorisera à dépasser allègrement les quatre voies de la table de mix de l’interface Fishman… et à travailler en layers sans véritable limitation, la seule étant la capacité de votre processeur à faire tourner simultanément 50 pistes de synthés/samplers… les propriétaires de DX7 pourront aussi profiter du Fishman. Il faudra alors disposer d’une carte son intégrant des prises midi au format DIN ou une interface midi/USB et utiliser la piste dédiée dans le logiciel. Bref les synthés hardwares ou autres expandeurs/sampleurs en rack sont aussi acceptés…

Piano acoustique à la guitare, juste monstrueux !



Si après tout ça vous êtes encore allergiques à la guitare synthé, les quelques exemples que vous entendrez dans les vidéos vous donneront sans aucun doute à réfléchir… Utiliser un sampler le collection Native Instruments, l’EXS24 de Logic Pro ou Omnisphere avec une JEM reste un moment unique, d’autant plus que rien n’interdit comme on l’a vu, de mélanger le son « normal » de la guitare avec celui des synthés. Et dans ce cas, pour peu que vous soyez également détenteur d’un système sans fil émetteur récepteur pour guitare, vous vous retrouverez totalement libre de vos mouvements, sans la pelote de filasse qui va bien (ou plutôt « mal »…) et avec la possibilité de « naviguer à tout va entre une guitare rageuse telle qu’Angus les affectionne et une nappe de strings qui scotchera vos fans au mur ! En même temps, je n’ai pas encore essayé cette config et je ne suis donc pas en mesure de vous dire si les deux systèmes peuvent cohabiter sans problème…

Fishman VS Roland, Tracking, quand tu nous tiens…

La question qui vous taraude je la connais par cœur… Fishman fait-il mieux que Roland et est-il parvenu à gommer le défaut majeur de ce type de jouet pour composteur psychopathe ? Le tracking… un défaut rédhibitoire pour certains, ennuyeux et acceptable pour d’autres mais qui, il faut bien le reconnaître réfrène pas mal les envies et calme quelquefois même les plus impatients… Vous le constatez dans les vidéos, quels que soient les synthés utilisés, le tracking du Triple Play est juste excellent et permet de jouer quasiment tous les sons même ceux dont l’attaque est particulièrement « dure » genre samples de guitare acoustique/classique, piano classiques (video à l’appui…), bells, etc… S’il faut comparer, c’est d’abord sur ce type de sons justement et il faut bien l’admettre, là où un GR55 limite d’emblée l’utilisateur et demande une concentration maximale pour jouer hyper propre et sans bavures, le Triple Play passe et autorise les petits écarts… De la même façon, sur des sons un peu moins percussifs genre synthé Moog en solo, le Triple Play est quasi parfait et si les sensations de jeu diffèrent toujours un peu de celles que le guitariste moyen peut connaître lorsqu’il empoigne son couperet et le branche sans intermédiaire dans son Marshall (son de synthé oblige), on est très proche d’un feeling de guitariste sans compromis, avec ses bends, ses quarts de poil de c…. de demi-tons, ses vibratos, etc… Il en résulte un plaisir de jeu intense et des perspectives nouvelles puisque pour le coup, certains modes d’expressivités s’avèrent définitivement inaccessibles aux claviéristes…

Pour le fun... c'est méméé qui m'a obligé !



Il faut également rapprocher ces constats du contexte particulier du Fishman : on est en virtuel, et en wireless, ce qui est encore différent d’une banque de son interne prévue pour l’appareil à laquelle on se connecte via un gros fifil… Bien sûr, la fonction « guitar to midi » existe chez Roland et il est possible d’attaquer des synthés externes, virtuels ou hardware via le GK3 et le convertisseur midi intégré mais pour avoir souvent essayé, notamment avec mon VG99 et Omnisphere, je puis affirmer n’avoir jamais obtenu les résultats que j’ai aujourd’hui avec le Triple Play, à bon entendeur…

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L’avantage immédiat de ce type de matos non lié à une banque de son figée est bien sûr de pouvoir « choisir » le type de synthés et donc d’orientations sonores que l’on souhaite. Synthèse FM, granulaire, samples, à condition d’en avoir les moyens, il n’y a qu’à piocher dans le catalogue des différentes marques pour vite se rendre compte qu’il existe des milliers de solutions différentes, en virtuel comme en hardware, c’est juste magique ! A côté de cela, vous n’aurez pas le pédalier ni la banque de son interne du Roland GR55. Vous n’aurez pas non plus les géniales modélisations de guitares acoustiques/électriques COSM qui permettent de jouer sans aucun décrochage puisque le midi n’a pas droit de citer dans l’affaire… Le choix s’avèrera difficile !
Tracking toujours…

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Quelques exemples de plans/sons joués avec le Triple Play :

Chant choral :



Solo Moog 1 :



Solo Moog 2 :



Piano acoustique :



Chant lyrique 1 :



Chant lyrique 2 :



Guitare acoustique + air pad :



Fairlight :



Lapsteel & Fretless Bass :



Pas de faux espoirs, ne nous emballons pas non plus, quelque soit le système et ses évolutions envisageables, il est fort probable qu’il ne sera jamais possible de transposer intégralement la galaxie synthé à la guitare simplement à cause de ce que nous venons partiellement d’évoquer : la guitare est un instrument bien trop « sensuel » pour qu’une machine ou un algorithme puisse en capturer toute la complexité… Ce constat étant fait, plutôt que de chercher systématiquement la faille et ce qui ne marche pas ou pas parfaitement, je dirais au contraire qu’il est déjà exceptionnel d’en être là et d’avoir cette possibilité d’exploiter des banques de sons dans quasi tous les domaines avec une précision et un confort largement appréciables. GR55, VG99 ou Triple Play, il faut « apprendre à jouer de la guitare synthé » ou plutôt devrais je dire « accepter » de considérer la guitare synthé comme un instrument à part entière, avec ses difficultés, sa technique particulière et sa philosophie, nous en avons souvent parlé. Là où les claviéristes ont allègrement franchi le pas il y a maintenant… deux siècles ?, car on ne joue pas non plus sur un Steinway de la même façon que sur un Oberheim, les guitaristes sont restés en retrait, refusant a priori de modifier leurs habitudes de jeu et pestant contre les ingénieurs plutôt que de chercher à maîtriser l’engin tel qu’il est. Il suffit pourtant finalement de peu d’efforts pour obtenir des résultats époustouflants et lorsqu’on fait le bilan des avantages offerts par rapport aux quelques inconvénients, il n’y a pas photo, ne pas tenter l’expérience est réellement se priver d’un univers qui dépasse de loin les aspirations basiques des guitaristes…

Autre aspect important dans la pratique, cela parait évident mais c’est mieux en le (re)disant : il ne faudra pas négliger l’élément essentiel qu’est le synthé lui-même à l’intérieur duquel il sera bon d’aller fouiner quelquefois en profondeur pour régler certains paramètres permettant d’utiliser au mieux les compétences du contrôleur midi qui le commande. Beaucoup de déceptions proviennent de ce que l’utilisateur en reste au paramétrage du capteur certes primordial mais « oublient » la partie synthé… Et comme la guitare reste un contrôleur midi très particulier, avec des cordes qui vibrent et que l’on peut bouger de haut en bas, je cite l’exemple imparable des paramètres de « bend » auxquels il faudra inévitablement s’intéresser sur le synthé virtuel sous peine de rester prisonnier de notes « droites » bien peu jubilatoires et très peu en adéquation avec un feeling de guitariste (combien de mails reçus et de situations « débloquées » simplement grâce à un potard calé sur 12…). Par ailleurs (ce qui rejoint une forme de remise en question de certains principes de base) rester sur des sons de synthés ou samples réellement adaptables au registre de la guitare (et il y en a déjà des milliers) garantira les résultats les meilleurs.

Triple Play, formidable outil pour enregistrer et composer…

Le Triple Play ouvre des portes juste incroyables à tout guitariste compositeur qui aura tout loisir « d’arranger » ses productions comme jamais, sans avoir à apprendre le piano ou à jouer de la souris, ce qui reste, même si je suis vétérinaire, un sport fort peu agréable lorsqu’on est musicien…
Le gros avantage lorsqu’on utilise le Triple Play pour composer est bien sûr que s’agissant d’informations midi, tout enregistrement est modifiable après coup avec une très grande facilité compte tenu des éditeurs de pointe dont nous disposons tous via Logic, Cubase, Pro Tools and co. Chaque impact ou note est effaçable, sa position, sa hauteur, sa vélocité ne sont pas gravées dans le marbre. Le son lui-même peut changer, rien n’interdit évidemment d’enregistrer un plan avec un son de flute et de changer la flute en violon ou en clavecin à la lecture. Ces multiples possibilités d’édition font de la guitare un nouvel outil « de saisie » sur mesure pour nous gratteux, de la même façon qu’un clavier de commande midi l’est pour un compositeur pianiste. Tout peut y passer, accords, solos, percussions et avec le Triple Play, il n’est plus rare de réussir des prises du premier coup sans avoir à retoucher quoique ce soit tant le joujou est performant et abouti. Ajoutons que certains sons donnent des idées… Mémée me répète que « l’appétit vient en mangeant », j’ai souvent noté que l’inspiration venait régulièrement en jouant… surtout des gros sons de ouf…

Triple Play, pour les profs de gratte…

Utilisation annexe de l’interface Fishman, synthé ou pas : le manche à l’écran permet de visualiser les doigts et les positions d’accord, cela se fait en temps réel. C’est juste excellent pour montrer ce que l’on joue. N’oublions pas non plus la saisie rapide de notes en midi qui permet d’imprimer dans la foulée un relevé sans prise de tête… et tout cela sans nécessiter d’utiliser des sons « synthé », on peut tout simplement jouer « branché » comme d’hab avec un jack dans son ampli tout en visualisant les positions d’accord à l’écran et en imprimant ses partoches… A bon entendeur également…

Live…

On connait la prudence justifiée des performers live quant à la présence des ordinateurs « on stage ». A raison peut-être, certains hésiteront à y convoyer leur Mac Book. Or, le Triple Play ne produira rien sans un ordinateur… Par rapport au tout en un « GR55 » qui se suffit à lui-même et se présente comme un pédalier de guitariste, objet clairement identifié et habituel, au moins dans la forme, le Triple Play fera figure d’OVNI et « inquiètera » son maître… Il inquiètera d’ailleurs plus à cause de son alter ego informatique que pour le risque de plantage qu’il représente lui même.

Cela étant, une machine « bien propre », correctement paramétrée et positionnée sur scène n’a pas forcément de quoi effrayer… Jouer avec un ordinateur est une démarche différente qui demande de la rigueur et une connaissance relative de l’informatique basique pour pouvoir faire face aux imprévus éventuels. C’est du reste la raison pour laquelle, dans ces conditions particulières il est souhaitable de disposer d’une machine totalement dédiée à la musique, sans « pollution » annexe, et systématiquement déconnectée d’internet et du bluetooth… Ces précautions prises ne garantiront jamais un « no problemo » intégral nous sommes d’accord mais rendront possibles une utilisation sur scène dont il serait dommage de se priver vu les perspectives… Mais d’une autre façon, qui n’a jamais rencontré de soucis avec un rack d’effet capricieux, des pédaliers qui merdent ou des « programs changes » mutiques…

« Combien que ça coûte ? » et la conclusion dans la foulée…

Justement mémée… 495 prix moyen, pas plus cher qu’un mouton… Compte tenu des univers qu’il met à portée de main(s), de son côté pratique « démontable », wireless, de l’offre logicielle qu’il intègre, donc de la pléthore de sons auxquels il donne accès sans broncher et surtout de sa quasi absence de latence, personne n’aurait trouvé choquant qu’il soit affiché bien plus cher et demeure seulement accessible à des stars de la gratte… Tel ne sera pas le cas puisqu’il ne dépassera pas le prix d’un simple pédalier d’effets guitare basique… S’il est certain que le Triple Play apparaîtra davantage comme un outil de studio que comme une machine de guerre scénique, il changera la vie de plus d’un guitariste, notamment celle de tous les home-studistes qui composent. Finies les laborieuses et douloureuses séries d’accords au clavier qu’on recommence vingt fois avant de respirer… Et surtout vive la science fiction, puisque vous avez désormais devant vous un instrument hybride fiable où une bonne partie des techniques et plans restent à inventer…

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