Quand on est guitariste électrique, Van Halen est un nom qui résonne forcément d’une manière particulière. Même pour les gamins pour qui les années 80 relèvent déjà de la préhistoire, Eddie reste une référence absolue en matière de guitare, de solos, de son et d’approche « scénique » de l’instrument. C’est simple, il n’y a pas une journée de cours sans que j’entende causer de lui. La différence pour moi, c’est que lorsque le Van Halen I est sorti en 78, j’étais là, pas bien vieux certes mais suffisamment pour comprendre que le monde de la six cordes allait changer pour toujours. Indubitablement, il y aurait un Avant et un Après Van Halen…
G66

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Je ne vais pas m’embarquer dans une revue historique de ce géant dont je suis un fan absolu depuis le premier accord (ce travail a été déjà été réalisé et publié de nombreuses fois par de vrais journalistes…). Je vais plutôt vous parler du dernier album sorti il y a déjà quelques semaines « A different kind of truth », un album genre « retour aux sources » puisqu’il célèbre justement le retour pourtant improbable de David Lee Roth au poste de lead singer après des années de brouille agrémentées d’un « verbiâge pâ toujours ben courtois » comme me le rappelle aimablement ma Cauchoise mémée. Cet album voit également émerger le petiot, Ludwig Van Halen au poste de bassiste débutant en remplacement du Michael Anthony d’origine, purement et simplement débarqué il y a déjà quelques mois en même temps que son pote Sammy Hagar pour des raisons que nous n’évoquerons pas, même timidement puisque cela ne nous….. regarde pas ! Par ailleurs, cet album « roots » oublie carrément les claviers pour revenir à une base big rock très minimaliste, comme au commencement quoi ! Grand ménage donc… Dans la famille Van Halen je prendrai….. quand même le vieux…. qui continue de balancer du haut de ses 55 balais des solos qui m’émeuvent un peu moins qu’avant mais dont il faut malgré tout reconnaître la grande classe avec ses accents énervés et baveux juste ce qu’il faut pour nous énerver nous aussi… Exit Sammy Hagar donc, une initiative que j’attendais personnellement depuis… son arrivée dans un groupe auquel il n’avait pas droit et qu’il a à mon sens clairement contribué à « ruiner », sans même s’en apercevoir. Bref vous l’avez compris, J’AIME PAS SAMMY HAGAR, je n’ai jamais pu écouter un Van Halen dans lequel il chantait jusqu’au bout, ça n’engage que moi, on n’en parlera plus c’est promis !

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« S’te galette alors, l’est ti aussi gouteûse que mon flanc au lait cru ? » J’aurais pu faire écouter le disque à Mémée mais… voilà… j’ai pas osé ! Le « Tattoo », premier titre que j’ai écouté m’a fait forte impression, c’était l’accent Van Halen, le style, la touche, l’esprit, l’authenticité et un David Lee Roth au sommet de son art, pareil que s’il n’était jamais parti, une bonne entrée en matière pour ce que j’imaginais déjà être mon album de l’année !



Dommage, c’était un peu vite oublier l’essentiel, les tatouages, c’est de la déco rien de plus et en dessous, même si on a injecté quelques litres de sang neuf, la peau a un peu flétri… Sans aller jusqu’aux rides, j’avoue que le feeling espéré n’est jamais venu. C’est comme si dans le flanc de mémée, la crème avait figé et le lait cru un peu cuit trop vite , c’est « bouffable » (« comestib » qu’on dit quand qu’on est poli merde !!!!!) mais faut vraiment avoir les crocs, et une fois avalé, ben ça colle aux murs et ça donne un peu mal au bide ! Sans déc et pour s’en tenir à des faits moins « culinaires », j’ai trouvé que tout ça n’était pas très… naturel. Je n’ai jamais vraiment entendu ces plans monstrueux en quatre accords (H)alienniens qui mettent tout le monde d’accord et surtout que personne d’autre n’aurait eu l’idée de jouer… Si peut être, dans ce deuxième titre super court mais pas dégueu : « She’s the woman » mais il semble qu’il soit issu de la grande époque et ait été repris pour l’occasion, comme c’est bizarre… Manque d’inspiration ?

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Aucun morceau ne m’a réellement transcendé sur cet album que n’importe quel autre groupe de heavy un peu talentueux aurait été capable de pondre. Eddie joue très bien bien, mais ça on le savait déjà et si ce n’est un son légèrement modernisé avec une abondance d’effets nouveaux assez inhabituels chez lui, beaucoup de wha et un peu d’harmo… aucune réelle surprise à l’horizon et ça, c’est vachement dommage parce que c’était justement la vraie marque de fabrique de Van Halen. Creux ?...... « Prévisible », voilà le terme qui à mon avis résume le mieux cet album et c’est là qu’il déçoit le plus.
J’ai quand même bien aimé aussi le « You and your blues » avec cette belle intro guitare qui m’a rappelé quelques (bons) souvenirs. La dizaine d’autres plans m’a franchement gavé, manquant d’originalité, à la rythmique lourde et pas très recherchée, du gros rock teigneux avec quelques accélérations pas toujours compréhensibles. Etrange… Là où lorsqu’ils vieillissent la plupart des artistes recherchent plutôt une forme quelquefois exacerbée de sagesse et se créent des besoins inutiles, il semble qu’Eddie ait au contraire souhaité renouer sans fioritures avec le passé en fabriquant ses titres « à l’énergie », peut être juste pour se rassurer et se prouver qu’il en avait encore… Bonne idée sans doute mais il ne faut pas pour autant en oublier tout le reste. L’ensemble est souvent très « brouillon » et même en étant musicien on a quelquefois du mal à suivre. Après trois ou quatre écoutes du CD, je n’ai retenu aucun refrain si ce n’est celui de Tattoo qui restera finalement pour moi l’unique passage à peu près digne d’une époque révolue.
Chanter sur un pareil fond musical relève d’ailleurs un peu de la prouesse et dans tout ça, l’homme du match restera indéniablement David Lee Roth, dont la performance vocale est toujours au rendez vous. Ses « cris » érotico morbides et vocalises de crooner façon Gospel sur fond de guitoune sèche à trois francs donnent toujours le frisson et il semble n’avoir rien perdu de sa verve et de son envie, comme si pour lui, 78 c’était avant hier... Dommage que rien ne soit réellement mis en œuvre pour mettre ce talent à profit, comme c’était le cas… à la préhistoire. David serait-il revenu à la condition de ne point trop en faire et soumis à la dictature du clan ? Allez savoir…

« Pas évident de faire du neuf avec du vieux » dit mémée « mais tu me feras écouter cha quand même, qu’on y voille un peu pu claire ! ».…..

Cette fois c’est sûr, le vrai Van Halen que j’adorais est mort après le départ de David une vingtaine de piges en amont, 84 si je ne m’abuse. Je ne dirais pas que cet album est à ch…. mais il est loin de ce que j’attendais, l’impossible peut être : renaître de ses cendres… Cette expérience montre une fois de plus l’importance de l’alchimie qui existe au sein d’un groupe de quatre personnes à un moment donné. Un groupe, c’est fait de l’inspiration, de l’influence mutuelle de plusieurs zikos, de leurs engueulades et des bons moments passés ensembles, peu importe leur niveau respectif, un groupe ne se résume sans doute pas à un nom et un talent même si ce talent est unique… Eddie a peut être un peu négligé ce point, qui sait ce qu’un Michael Anthony apportait ou pas au sein de Van Halen. Comme Roger Waters ou David Gilmour ne seront jamais Pink Floyd l’un sans l’autre, Van Halen c’était Eddie, son frangin, Michael Anthony et David Lee Roth mais pas Eddie tout seul et ça, c’était de 78 à ……. un peu plus tard.