Votre morceau pourtant magnifiquement joué et enregistré ne sonne pas tout à fait comme vous l’espériez une fois mixé, c’est « plat », sans relief, « riquiqui » (dit mémée), ça manque de banane, bref, big déception... Ce qui devait être le tube de l’année n’est en fait pas réellement « montrable »… parce qu’absolument pas comparable sur le plan « son » à ce que vous avez entendu en vous rasant ce matin sur France Inter. Heureusement et comme souvent en musique, rien n’est jamais perdu et les miracles existent. Sans nécessairement chercher à rivaliser avec le dernier Britney Spears, il est souvent possible d’améliorer l’ordinaire à l’aide de quelques astuces et bidouilles dont aucun pro ne se prive. L’utilisation d’un compresseur sur votre master est une de ces bidouilles…

En connaissant même assez sommairement le fonctionnement d’un compresseur, vous pouvez sensiblement améliorer le rendu final de vos productions et vous rapprocher de ce que proposent les studios pros. Cet article n’a pas vocation à être utilisé comme un vrai tutoriel. Mais pour sortir des modes d’emploi toujours très orientés « imbuvables » et que l’on a donc une fâcheuse tendance à zapper sans ménagement, essayons juste d’y voir plus clair dans les fonctions basiques d’un compresseur, en toute modestie et en toute simplicité… car je m’appelle Dominik mais pas Blanc-Francart…
G66

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Tâtonner c’est super marrant, quelquefois ça marche mais quelquefois non et le caractère aléatoire d’une procédure finit par énerver, normal… C’est en tout cas loin d’être aussi utile que d’apprendre une bonne fois pour toutes et de comprendre ce qui se passe. L’objectif étant, à terme, de pouvoir renouveler sans difficultés ses manips sur d’autres titres sans réinventer la poudre à chaque fois et finalement… d’avancer, sans perte de temps !

Petit détail qui a son importance : si on ne peut pas vraiment rivaliser avec un studio pro at home, n’oubliez pas que le gros avantage en home studio reste le facteur temps… Ce que vous devrez enregistrer et mixer le plus rapidement possible en studio pro (car le temps, c’est de l’…….) vous avez tout le temps de le faire, de le refaire, de le rererefaire chez vous au calme, au moment que vous aurez choisi (et pas sur commande). Vous pourrez essayer sans risques un tas de trucs sans vous poser de questions et avec un peu d’expérience, certaines fonctions obscures de vos plug-ins préférés le deviendront moins. Cela peut avoir l’air idiot mais c’est juste essentiel, et si passer trop de temps sur un titre n’est pas recommandé, passer le temps qu’il faut peut s’avérer très efficace….. Ce que l’on perd en qualité d’un côté sur le plan matériel, on peut quelquefois le gagner en efficacité de l’autre, et comme le fait d’ailleurs le compresseur dont nous parlons, les choses finissent souvent par s’équilibrer, à méditer…

Pourquoi « focaliser » sur le compresseur ?

Toutes les productions musicales actuelles l’utilisent (pas forcément toujours à bon escient nous sommes d’accord) pour « booster » les affaires et donner aux titres la patate jugée nécessaire à un passage radio... Une uniformité qui peut paraître absurde et contre productive sur le plan strictement artistique, à vous de juger… mais une chose est sûre, à moins de jouer du new orleans ou du classique : difficile d’échapper aux règles de base du business musical actuel. Les oreilles de nos concitoyens sont clairement formatées, différentes des nôtres ? A voir mais nous vivons dans un monde parfait c’est bien connu où tout est lisse et… « compressé », il faut faire avec…

La compression, what is it au juste ?

La compression est une « science très complexe »… Expliquée sommairement, c’est un procédé dynamique qui permet de diminuer les parties les plus fortes d’un signal et d’augmenter ses parties les plus faibles. A l’origine, la compression a été conçue pour réduire automatiquement les écarts de volume présents dans un signal audio. Le compresseur a pour rôle « d’épaissir » le signal. En gros c’est comme si nous avions à notre disposition un « préposé » qui ajusterait continuellement le volume de manière à le garder constant. Si le volume est trop fort, il le baisse, s’il est trop faible, il le monte. On voit bien les limites de ce genre de manip, impossible évidemment à effectuer manuellement tout au long d’un plan de 4 minutes… d’où le recours à une « machine » dont c’est le rôle.

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Bien sûr, pour gagner en « patate », il serait envisageable de simplement pousser le fader volume de votre piste Master (ne rigolez pas, j’en vois souvent qui le font et s’en contentent…)… Le problème c’est que dans ce cas, vous augmenteriez le volume de « tout » le signal, pas seulement ses parties les plus faibles et inévitablement, se produirait le phénomène que vous souhaitez définitivement éviter : saturation, va au diable !!!!!…

Tout est donc question d’équilibre et dans ce domaine, à condition d’en connaître les ficelles, le compresseur fait assez bien le boulot… Bien utilisé, le compresseur pourra rendre le son plus consistant tout en évitant des distorsions toujours très malvenues. Mal utilisé, il vous rendra un son pénible à écouter, sans accentuation voire avec des accentuations mal positionnées, une musique sans intérêt.

L’alphabet du compresseur, pour comprendre et s’y retrouver rapidement :

Le Ratio détermine le degré ou taux de compression d’un signal. Il s’exprime généralement à l’aide de 2 chiffres : ex ? 3 : 1. Le premier est le volume d’entrée, et le second le volume de sortie. Ainsi un ratio de 3 pour 1 implique qu’un signal à l’entrée de 3 db au dessus du Threshold donnera 1 db à la sortie.
Le Threshold (seuil) fixe le « seuil » à partir duquel la compression aura lieu. Il peut être variable ou fixe. S’il est variable on pourra l’ajuster au niveau que l’on désire, s’il est fixe, c’est plutôt le volume d’entrée qui servira à ajuster le seuil.

Le paramètre d’Attack détermine la vitesse à laquelle le compresseur affectera le signal, le temps qu’il va mettre à agir. Plus l’attaque est courte, plus l’attaque naturelle de l’instrument sera atténuée. Plus l’attaque est longue, plus elle sera conservée.

Le Release contrôle la vitesse à laquelle le compresseur cessera de travailler, le temps qu’il mettra pour « relâcher » le signal. On ajuste généralement la durée du release en fonction du tempo du morceau. Pour une basse par exemple, on s’assurera que le vu mètre de réduction soit revenu à 0 avant le début de la note qui suit. On s’assure ainsi de garder l’attaque naturelle de chacune des notes et aussi de ne pas aller à l’encontre du tempo du morceau. Si par exemple la basse passe d’une partition à la noire à une partition à la croche, un long release conviendra à la première partie mais pas à la deuxième. Dans ce cas on s’efforcera de trouver un compromis ou encore de réajuster le release à l’aide de l’automation. Un release plus rapide donnera plus de punch et de présence. Certains compresseurs offrent une fonction auto release. Cette fonction permettra au compresseur de déterminer lui même la durée du release, ce qui pourra faciliter grandement le travail. Elle est souvent efficace lorsqu’on veut une compression transparente. Le make-up gain sert à compenser pour le volume qu’on a perdu en compressant.

Un vu mètre est ajouté pour indiquer le volume d’entrée, de sortie, ou le degré de réduction. Après vos oreilles, le vu mètre est l’instrument qui vous permettra de voir exactement ce qui se passe avec votre compression. Il donne trois données essentielles : le début de la compression, le degré de compression et la fin de la compression. Pour la voix par exemple, on s’arrange pour que le compresseur bouge de façon similaire au volume d’entrée.

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D’autres paramètres annexes :

Le paramètre Knee détermine si la compression devra être appliquée progressivement ou directement. Le soft Knee peut rendre la compression de certains instruments plus transparente, la voix par exemple. Par contre, puisqu’il affecte plus rapidement l’attaque, il sera moins efficace sur des instruments percussifs comme la batterie. On préfèrera alors utiliser un hard knee.

La fonction auto make-up gain augmentera automatiquement le volume de sortie en fonction de la compression. Cependant cette fonction a souvent tendance à sur-amplifier le signal compressé par rapport au signal d’origine.

Hardware ou software ?

Les deux sont bien… Aujourd’hui chaque DAW intègre au moins un soft compresseur. Si vous débutez avec cet outil, vous pouvez souvent vous en contenter. Pourquoi chercher la complexité là elle ne s’impose pas ? Ensuite, vous chercherez peut-être à investir dans un logiciel de compression dédié ou dans un compresseur en rack plus performant mais aussi plus complexe car pourvu de fonctions de pointe non décrites ici. Attention, le mieux est quelquefois l’ennemi du bien… Il vaut quelquefois mieux rester les pieds sur terre, avec une bonne connaissance d’un outil certes plus simple mais que vous exploiterez au max de ses possibilités. N’oublions pas qu’en home studio, de nombreux paramètres difficilement maîtrisables et très « individuels » comme l’acoustique totalement déplorable de votre chambre à coucher… restent de vrais obstacles lors de la phase utlime de masterisation. Inutile donc de chercher à obtenir la perfection là où à la base, même un studio pro à l’acoustique étudiée et maîtrisée reste perfectible… Je n’ai pas dit que tous vos efforts ne seraient jamais couronnés de succès, je dis seulement qu’il faut être conscient de ses propres limites et ne pas engager de dépenses inconsidérées, que ce soit en dollars ou en heures passées…

Si ce qui est décrit ici correspond davantage à une utilisation mix/home studio, il va de soi que le descriptif des principales fonctions d’un compresseur est aussi valable pour une utilisation « guitare », aussi bien sous forme de pédale que pour ceux d’entre vous qui utilisent un Axe FX, un Kemper ou un Pod HD par exemple. Le mieux restera évidemment d’expérimenter guitare en main mais avec ces quelques descriptions en tête, ce sera sans doute moins aléatoire.

Le compresseur multibandes :

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Même si je ne suis personnellement pas partisan de la « dissection à tout prix » considérant que l’accumulation de traitements audios va souvent à l’encontre d’une approche vraiment « musicale » des choses, pour « gonfler » vos mix, il existe aussi les compresseurs multibandes. Le compresseur multibande peut agir de façons différentes sur plusieurs bandes de fréquences prédéfinies.

Il commence par diviser le signal à l'aide d'un nombre de filtres passe-bande (ou filtres cross-over). Les gammes de fréquences peuvent être réglables. Chaque signal est traité par son propre compresseur et a ses réglables spécifiques. Les signaux sont ensuite à nouveau mélangés.

Le multibande s’avèrera très intéressants pour ceux d’entre vous qui souhaitent décortiquer finement les parties de leurs titres et « appuyer » uniquement là où il y a nécessité à intervenir en fonction des courbes d’égalisation définies. Au delà d’un mix, la compression multibande peut aussi s’avérer efficace sur un instrument seul, la basse ou la batterie ou seulement l’un des éléments d’un kit de drums, une caisse claire par exemple…

Et le limiteur ?

Le limiteur et le compresseur sont deux outils ayant pour même finalité la réduction de la dynamique d’un titre et donc permettant à l’ingénieur du son du mastering de produire un son plus puissant (fort).
Un limiteur est en fait un compresseur mais avec un ratio de compression très élevé (20.1, 40.1, 999:1 par exemple) sur lequel les réglages d’attaque et de relâchement sont réglés sur des vitesses très rapides. Il est utilisé pour empêcher les « pics » du signal audio d’atteindre le 0dB et donc éviter des distorsions numériques liées à du clipping numérique.

Attention, si l’action du limiteur est souvent assez immédiate et sensible sur votre master, il faut se méfier des effets pervers… Taper fortement dans le limiteur aura pour conséquence de rapprocher tous les instruments du devant de la scène et donc de perdre le positionnement des instruments et la finesse du mix. Et oui, le « lissage » a bien ses limites, assez naturelles cette fois….

Là aussi, tout est question de dosage et d’équilibre et l’idée reste toujours de ne pas aller à la « surcharge » en n’abusant pas des bonnes choses… c’est là toute la subtilité de notre travail de musiciens home studistes, et c’est aussi pour ça qu’on l’aime !