De la même façon que nous ne jouons pas tous avec le même type de matériel, il y a différentes façons de concevoir la musique sur scène… Certains privilégient le côté « naturel » pour rester libres de leurs mouvements en enclenchant des pédales d’effets du bout du pied, à l’ancienne, d’autres programment absolument tout pour rester libres de leurs mouvements d’une autre manière en utilisant un séquenceur…Deux méthodes qui ont chacune leurs avantages, inconvénients et leurs limites. Le « papier » que je vous propose aujourd’hui se décompose en fait en deux articles à paraître l’un à la suite de l’autre, la théorie dans le N°1, la pratique dans le N°2, avec notamment un tutoriel vidéo pour apprendre à utiliser des programs changes dans Logic, qui se chargera de changer automatiquement vos sons à votre place…
Au tout début….. Il y avait une guitare et un ampli. C’était simple, sans prise de tête ni questions à se poser, on appuyait sur le bouton ON, on attendait quelques minutes que le grille pain monte en température, on branchait sa pelle et on envoyait le bois... Aujourd’hui, les choses sont légèrement différentes et plus compliquées, les avancées technologiques ont réussi à nous corrompre, difficile de concevoir l’ampli et la guitare seuls ; les effets se sont invités à la fête, ils ont envahi les catalogues de jouets, prennent des formes et des prix multiples et en font des tonnes pour coller aux besoins que nous nous sommes tous créés, à des échelles plus ou moins grandes… Vous le savez, je suis personnellement un utilisateur inconditionnel de ces bébêtes depuis la première heure et depuis les albums de Floyd… Je ne sais pas jouer sans effets, ils font partie de ma culture guitaristique, ils sont pour moi au moins aussi importants que l’ampli et la guitare; bref, je ne suis pas un vrai guitariste donc mais… on ne se refait pas.

David Gilmour, l'homme qui m'a appris les sons de guitare...

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Pied(s) au plancher…

On commence par une disto ou un overdrive, puis rapidement, se pointent le delay et les effets de modulation, et comme le son n’est toujours pas au rendez vous, on ajoute un compresseur ou un booster, ou plusieurs, il faut alors penser au noise gate pour éviter le pire, puis arrivent une wha et un volume, et il y a aussi le switch de changement de canal de l’ampli et la télécommande du sèche linge… Le pedal board est un truc qui se construit petit à petit, au fil du temps, « à l’expérience » diront certains, et on finit souvent par se retrouver avec une usine à gaz sous les pieds avec des fils partout et des buzzzs dans tous les coins… Oui mais c’est ça, ça sent bon, c’est la vraie guitare avec les snakes qui s’emmêlent et les alims à la c…!!!!!

Même bien rangé, ça reste toujours un peu le gros bordel... Non ?

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Le gros avantage, c’est qu’on peut choisir chacune des pièces du puzzle indépendamment les unes des autres. Quand on flashe sur un overdrive, hop, on vire l’ancien et on le remplace par la nouveauté du moment, le reste ne change pas, le système n’est donc jamais figé. Je dirais même qu’il est en perpétuelle évolution et qu’il ne s’arrête jamais de « bouger ». Certaines marques étant plus « pointues » dans un domaine particulier, cela permet de sélectionner et d’associer les meilleurs éléments suivant leur utilisation, exactement comme on le fait en hifi quand on est un vrai mélomane. Chaque pédale est bien là physiquement, ce qui permet de « retoucher » le son en live et en direct juste en tournant des boutons qui sont en général en nombre limité et donc assez faciles à appréhender.

Ensuite, il paraît qu’il n’y a qu’avec ça qu’on obtient le son de la mort, celui qui tue les neurones et permet d’avoir les sensations de jeu uniques que procure justement le fait de jouer en direct avec la guitare dans l’ampli. L’idée étant bien sûr de limiter au maximum l’adjonction d’effets entre la guitare et l’ampli afin de conserver la moelle et l’âme originelle du son « basique »…

Après, il y a le côté sombre… Nous l’avons un peu évoqué, à moins de réussir à se contenter d’un overdrive et d’un delay… on tombe vite dans l’usine à gaz avec des fifils à la papatte en nombre et tous les problèmes qui en découlent. Le marché étant par ailleurs saturé de marques et de pédales d’effets dans tous les styles, il peut ne pas être simple de s’y retrouver et de se fixer sur un (des) choix précis d’autant plus que comme toujours, il faut souvent « acheter pour essayer », ce qui peut finir par coûter, la moindre boite représentant tout de suite un « petit » 150$. Le côté perso « à la carte » des pédales d’effets a donc aussi ses revers : on peut avoir le top en la matière mais du coup le registre sonore est un peu exclusif : avec une pédale, une seule couleur/identité sonore ou quasiment et si on veut plusieurs sons de disto, il faut plusieurs pédales de disto… Et ouais, une MXR ne sonne pas comme une Boss ou une Radial Tonebone…

Le son de la Tonebone n'a rien à voir avec... tout le reste :





A la main comme avant ou pas…

Pour mon cas personnel, ce qui est rédhibitoire avec les pédales d’effets sur scène, c’est l’impossibilité de programmer des sons… S’il y a bien quelques boites sur le marché qui le permettent, elles sont rares et ne correspondent pas forcément aux besoins que l’on peut avoir. Il est vrai que la majorité des gratteux n’utilise que deux ou trois sons, ce qui n'est pas mon cas... mais rien que sur un delay, il y a tellement de possibilités différentes qu’il m’a toujours semblé assez inconcevable de les réduire à une simple pédale d’effets.

Puis il y a le « midi » et toutes les fantaisies qu’il permet, changer radicalement de son en un clic grâce un seul switch ou avec un pédalier de commande, s’ouvrir aux sons réservés aux claviéristes … mieux, automatiquement et en USB avec un ordinateur, un séquenceur et des programs changes, plus le même monde mais ça fait réfléchir ! Alors, oublier définitivement les pédales d’effets ? Pas forcément… on peut toujours avoir recours à un patch/routeur midi et faire de beaux petits mélanges mais avec ce que nous proposent certains fabricants aujourd’hui, j’avoue que j’ai personnellement totalement renoncé aux pédales pour me tourner exclusivement vers des effets en rack communiquant entre eux et offrant un confort d’utilisation absolument sans équivalent…

Et pour le(s) sons... si c'est pas "organique" ça...







A l’époque d’internet et où chacun dort avec son ordinateur portable, manipule sans se poser de questions son iPhone et l’utilise même pour se faire cuire des pâtes, je suis souvent très surpris de rencontrer encore nombre de guitaristes qui hésitent à franchir le pas de la programmation, n’osent pas « s’attaquer » au midi et fuient délibérément tout ce qui comporte plus de 3 boutons… Je ne parle même pas des synthés guitare où le fossé est encore plus grand alors même que des univers sonores décuplés sont là juste devant nous !

Quand même, l’avantage immédiat de la programmation et des effets en rack, au delà même de la multiplicité des sons que l’on pourra se concocter semble évident… Beaucoup moins de câbles et donc d’emmerdes, une compacité extrême permettant aussi un transport aisé d’une répète à l’autre ou du « local » au studio, la possibilité de se fabriquer différentes banques de sons en fonction des besoins, studio, scène, répète, plusieurs formations musicales, etc, et un coût souvent très allégé contrairement aux idées reçues et en regard du nombre de pédales qu’il faudrait réunir pour parvenir à la même diversité « sonore »... Et pour enfoncer le clou, j’ajouterais que de plus en plus souvent, les multi-effets jouent également le rôle d’interface audio et permettent d’enregistrer directement sans micro avec une facilité déconcertante, sans ajout d’aucun autre matériel là où une prise micro dans un cadre « home studio » ressemble à une bataille souvent perdue d’avance pour des raisons simples de configuration des lieux inadaptée...

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Au chapitre des inconvénients, certains diront qu’on ouvre alors un autre type d’usine à gaz, plutôt d’ordre informatique celle là, ce qui n’est pas faux… et qu’on passera souvent plus de temps à chercher des sons et des solutions qu’à jouer, ce qui n’est pas……. tout à fait faux non plus ! …Même s’il faut nuancer ce constat, car avec l’expérience, la plupart des racks multi effets fonctionnant à peu près sur les mêmes bases protocolaires, on finit par passer d’une marque à l’autre sans forcément devoir tout réapprendre.
On l’entend souvent, beaucoup prétendent ne pas retrouver dans ces systèmes numériques la chaleur des lampes… Là-dessus, et toujours au risque de déclencher des tempêtes, je dirais qu’il s’agit sans doute davantage d’idées toutes faites et de préjugés que d’une réalité clairement établie. Pour le vérifier, il suffit d’écouter ce qui sort d’un Axe FX ou d’un Kemper profiling amp, pas sûr que la différence soit si… perceptible et là encore, même si l’on perçoit une différence, elle ne pourra être que réellement supra légère et ne suffira pas à justifier les innombrables emmerdements dont j’ai déjà parlé : filasse, buzzs, branchements, transport, etc, etc……..

Enfin pour terminer, et je pense que c’est finalement là que je voulais en venir, lorsque la technologie nous entraîne très loin, ce qui est désormais le cas, la programmation devient quasi incontournable et il faut bien s’y mettre… Lorsqu’on utilise plusieurs « usines à gaz » les une avec les autres, difficile de sauter sur deux pédaliers en même temps ou de souffler sur les boutons pour faire changer un son… C’est là que le midi (entre autres choses) devient crucial, même chez les guitaristes et n’en déplaise aux bûcherons ! Et pour les « solitaires » fana des backing tracks, quand je vous aurai montré avec quelle simplicité on crée un « program change » au sein d’un séquenceur, vous n’aurez plus envie de vous déplacer sans votre Mac. Et même si les ordinateurs sur scène sont toujours regardés de travers, vous les adorerez, j’en fais le pari…

Difficile de jouer ça sans automatiser un certain nombre d'actions, ici, Axe FX et GR55 communiquent via midi et Logic Pro change les sons au gré des program changes que j'ai créés (un avant goût du tuto sur le sujet dans un prochain article) :



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