Clockwork Angels est le 20 ème bébé de Rush, rien de moins, et c’est à chaque fois pour moi un événement même si bon nombre de jeunes loups ne connaissent que de nom ce trio ultime d’intellos rocks Canadien… Pour ceux à qui Geddy Lee, Alex Lifeson et Neil Peart ont déjà troué le cerveau à coup de contretemps improbables et d’envolées lyriques qui ne le sont pas moins, précipitez vous sur cet album ! S’il n’effacera jamais les traces d’un « Moving Pictures » ou d’un « Permanent waves », Clockwork Angels n’en est pas moins un descendant direct plus que respectable, premier « concept album » officiel du groupe et subtil mélange de « retour aux sources » et de fuite en avant… Je m’en remets doucement !
G66

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Combien de groupes modernes Rush a-t-il sans le savoir mis sur les rails ? Qu’aurait été Dream Theater, sans Mike Portnoy… et quel batteur aurait été Mike Portnoy sans Neil Peart ?… L’influence planétaire de Rush dans le rock progressif est incontestable. Cette soif d’expérimentations sans limites dans le domaine des sons (de guitare notamment…) et dans les idées, ce goût d’un perfectionnisme poussé à l’extrême sur scène comme sur disque, cette relative insouciance face à la réussite commerciale sont uniques. Voilà encore ce que racontait Neil Peart lors de la sortie du précédent album Snakes and Arrows : "Nous avons toujours fait ce que nous voulions. Nous n’avons jamais enregistré un titre en pensant à son éventuel succès radiophonique. (…) Tous nos fans ont leur période préférée mais ils achètent chacun de nos disques pour ainsi dire les yeux fermés, parce qu’ils savent que la qualité est constante”.

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Musicalement attaché à ses valeurs, Rush n’est toutefois jamais tombé dans l’excès et a toujours su faire cohabiter le côté rock, les fans et la scène avec un univers ultra musical hyper sophistiqué qui ne s’y prêtait pas forcément au départ. Comme tous ces groupes mythiques qui n’ont plus rien à prouver, le trio aurait pu se satisfaire d’un Xième disque et rester dans la droite ligne des précédents sans grand risque (ce qui est l’option retenue par la plupart des dinosaures du rock)… Au lieu de cela, il réussit un audacieux pari : revenir à l’essentiel en « osant » encore des choses surprenantes, sans complètement oublier le passé mais sans y faire en permanence référence…



Clockwork Angels est en quelque sorte un album roots du futur ! Et ce n’est rien de le dire….. On ne peut manquer de faire des parallèles avec la grande époque, « l’esprit » est intact, cette faculté à « étonner » musicalement est toujours là. Rush est d’ailleurs revenu à une formule beaucoup plus intimiste guitare/basse/batterie en laissant un peu de côté les synthés qui avaient progressivement « envahi » les récentes productions. De même, lors de la dernière tournée, une place inhabituelle avait été volontairement donnée à l’improvisation, ce qui, quand on connaît la complexité de la structure de certains morceaux pouvait sembler assez « dangereux »… Justement, cette envie de se mettre un peu en danger, de ne pas s’encrister dans des habitudes de « vieux », cette ENVIE tout court transpire de partout dans Clockwork Angels ». Il y a des idées dans tous les coins, chaque titre est une invitation à découvrir des petits truc qui poussent à aller de l’avant et a irrémédiablement se dire : « Merde, ça fallait quand même aller le chercher ! » Et c’est sans doute là une des marques de fabrique du groupe : s’aventurer là où les autres ne s’aventurent pas, innover, sans relâche et continuer de surprendre. Le Rush 2012 est toujours très « musical » mais reste loin du free jazz ou d’une musique élitiste qui ne s’adresserait qu’à une secte d’initiés fumant la moquette….

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Comme tous les autres, cet album de Rush demande toutefois une certaine « disponibilité », ce n’est pas un truc à écouter une fois en regardant la télé… Pour en profiter pleinement, il faut apprendre à le connaître, se l’approprier, chaque nouvelle écoute révélant de nouvelles choses, c’est d’ailleurs sans doute ce qui me plait le plus dans leur trip… « Qwa ? dit mémée, des tripes ? Ba tu n’nâ dja mâqué hier ! » …………………………………

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Evidemment, c’est encore mieux si on capte un peu le sens profond de l’histoire que raconte l’album parce que Rush n’est pas que musique, c’est aussi un discours… Sur le fond, l’album se situe dans une sorte de pseudo univers futuriste retro punk à l’intérieur duquel se promène un garçon à l’esprit pur qui tente de fuir un déterminisme annoncé. Ce monde est « réglé » par un maître « horloger » un peu dingue qui préside à la destinée des êtres… Les quêtes spirituelles de Neil Peart sont une nouvelle fois à l’origine de l’écriture de ce chapitre et l’on résumera à peu près l’affaire en posant quelques questions essentielles : quelle est la part de ce déterminisme dans la vie de chacun ? Tout est-il déjà écrit, programmé ? Faut-il être anarchiste pour être libre ? (prochain sujet de philo du bac L…) A quoi bon poursuivre un idéal, avoir des rêves ou encore simplement se poser des questions s’il en est ainsi ? L’idée centrale est aussi que s’offrir cette liberté a un coût, et que la violence est incontournable…

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Au delà de ces réflexions non mélodiques, il faut aussi saluer le « patate » de cet album qui n’a rien à envier à ce que pourrait faire une joyeuse bande d’ados alors que nos lascars ont quand même passé l’âge légal de la retraite (je parle de l’âge légal normalement « humain » de l’avant Sarko bien sûr…). Il y a vraiment des moments très « rock » où ça bastonne grave, « Caravan », « Bu2b », « Clockwork Angels », « Headlong Flight »… j’en ai pris plein la tronche ! Et c’est aussi ce mix de plans hyper basiques alternant avec des orchestrations beaucoup plus complexes et ces transitions délirantes qui m’ont toujours transcendé chez Rush. J’aime bien pouvoir humblement me dire que je n’aurais jamais eu l’idée de faire ça…… A côté de ça, « Halo effect » est un moment très « Rush » façon 2112 ainsi que « Wish them well » avec tous les ingrédients de base, guitares électriques, acoustiques, son de basse bien comme il faut… Quant à « The Garden » qui conclut l’épisode, c’est tout simplement « beau » avec cette ligne de chant mélodiquement « perfect » et la voix de Geddy Lee toujours aussi spéciale et envoutante.

« - Bon ben t’as bin aimé alôrs ! lance mémée
- Euh, c’est pas mal…. ça me change un peu de Marcel Amont….
- Mais nennnnnnn ! t’es couillon hein ! Les tripes, t’as bin aimé ?
-………………
-Bin tant mieux pass que y a les restes finir hein, j’va pâ ch’ter cha ! »

Bon…. Je crois que je vais passer à table donc je vous salue bien ! Vous savez maintenant ce qui vous reste à faire : écouter Rush en bouffant des tripes… mais faites gaffes quand même, dans les deux cas, une fois avalé, ça remue beaucoup à l’intérieur !

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