« Jazzmen passez votre chemin, la tête ENGL Powerball II n’est pas faite pour vous mais plutôt pour les chevelus à 7 cordes qui n’ont pas peur d’un décoiffage immédiat ! », voilà ce qu’on pourrait hâtivement déduire de l’appellation « Powerball »… et de la réputation très « High gain » d’ENGL mais….. comme c’est bien souvent le cas, l’habit ne fait jamais définitivement le moine et nous allons honteusement soulever la toge pour voir ce qu’il y a réellement en dessous… Le super test que je vous propose aujourd’hui en est la preuve : les Teutons d’ENGL ne bossent pas QUE pour les metalleux, même s’il est évident que ces derniers ne cracheront pas non plus dans la soupe… Contact, en audio et en video comme d'hab !
G66

imageArticle



Les Powerball sont bien connus des addicts de la marque Allemande, la série Powerball « 2 » ajoute un certain nombre d’améliorations qui ne manqueront pas d’attiser la curiosité de ceux qui étaient restés sur la réserve avec la série originale. Ce qui n’a pas changé, c’est « l’esprit », High gain toujours, avec de vraies basses bien comme il faut pour s’ébullitionner les neurones. Des basses oui mais des panz…… zers…. Et ouais, c’est du très lourd mais du lourd mêlé à une clarté et une précision du son uniques notamment lorsqu’on appuie sur le champignon en son saturé... Il suffit de jouer un petit quart d’heure sur ce matos pour comprendre pourquoi les metalleux sont attirés comme des aimants vers ENGL mais alors… on se demande aussi très vite pourquoi ils sont souvent les seuls, car le potentiel en place pourrait aisément « coller » au profil de bien d’autres secteurs d’activité musicale, à condition toutefois, de rester dans la rock’n roll attitude…

imageArticle



La tête Powerball II est une 4 canaux équipée de 2 master volume délivrant une puissance plus que confortable de 100 watts « Allemands », lampes bien sûr (6L6 et 12AX7)… Les 4 canaux correspondent chacun à une utilisation particulière, Clean, Crunch et Lead X 2 et couvrent donc tous les « principaux » besoins. Si l’on s’attache à la couleur des sons possibles à obtenir sur chacun d’eux, je dirais plutôt qu’on est sur 3 canaux car je n’ai pas noté de différence très sensible sur les deux « lead » qu’il faudra donc plus concevoir comme deux « sons » assez semblables (l’un étant malgré tout un peu plus « brillant » que l’autre) que l’on pourra utiliser à deux niveaux de volume différents, un pour les rythmiques et l’autre en solo par exemple.

imageArticle



Clean et Crunch partagent la même ligne d’égalisation mais ont chacun un niveau de gain et de volume qui leur est propre. C’est la même chose pour les deux leads. Suivant les interprétations possibles, on pourra donc dire que le Powerball II est un 4 canaux, un 3 ou un 2x2….. Le tout est que ce type d’organisation soit suffisamment clair et facile à comprendre, ce qui est le cas, on s’y fait très vite…. Et non, je n’ai pas dit que les hardcore guys n’étaient pas du style à réfléchir ou à se farcir un manuel d’utilisation……

imageArticle



Sur les deux premiers canaux, clean et Crunch, le bouton Bright permet d’ajouter de la brillance et s’avère particulièrement intéressant sur une guitare équipée de piezzos ou si vous utilisez les modèles acoustiques d’une Variax. De même il « aidera » une guitare un peu « molle » à briller. A l’inverse, le bouton Bass boost, qui peut lui être assigné aux 4 canaux, agira un peu comme un « loudness » et gonflera le son dans les basses mais sans faire semblant comme c’est malheureusement souvent le cas chez bon nombre de concurrents...

Sur les deux « lead », un effort particulier a été fait au niveau de l’égalisation sur le réglage des mediums avec le « mid-boost » qui n’existait pas sur l’ancienne série. C’est un vrai + qui autorise réellement un ajustement très fin des mediums avec notamment une action sur leur frange aigue que l’on peut alors très précisément faire « coller » au mix suivant que l’on souhaite ou non s’en extraire. Le mid-boost s’adapte au canal sur lequel vous êtes et n’aura pas tout à fait la même action sur le son suivant que vous vous trouvez sur le Channel 3 ou le 4… On l’utilisera aussi bien en solo qu’en rythmique, dans le premier cas pour « fluidifier » l’affaire et dans le deuxième pour la corser un peu, la commande est assez sensible et pourra radicalement changer le son suivant le sens dans laquelle on la tourne…. Le petit souci résidera dans le fait que comme les deux canaux leads se partagent la même ligne d’égalisation, il faudra trouver la bonne adéquation pour pouvoir jouer les deux canaux l’un après l’autre sans avoir à retripoter les boutons, à moins bien sûr de ne pas prévoir l’utilisation conjointe de ces deux canaux au sein d’un même titre… Le mid-boost peut s’enclencher à la main ou au pied et dispose de son propre « volume », on se retrouve donc avec deux contrôles séparés des mediums…

Sons High gain :



Ces différents ingrédients mixés, on peut obtenir une multitude de « voicings » différents qui font de cet ampli un modèle un peu plus « ouvert » que ce que l’on pourrait croire.

imageArticle



Vous constaterez d’ailleurs que les sons cleans sont très « parlants » et que même si c’est pour le son saturé que vous lorgenerez en premier sur la tête Powerball , rien n’a été sacrifié de ce côté... De quoi envisager de belles balades en arpèges ou même pourquoi pas quelques accords de jazz avec la guitare qui va bien, je n’ai pas d’ES335 dans ma collection mais je pense vraiment, au risque d’en défriser certains, qu’une telle association ne serait pas monstrueuse, bien loin de là…

Sons clean :



La tête est équipée d’une boucle d’effets et d’un noise gate intégré pratiquement indispensable si l’on veut profiter pleinement des sons les plus énervés, notamment lorsque l’on joue à fort volume, excellente initiative. L’effect loop m’a semblée assez transparente même si je n’ai pas complètement réussi à l’exploiter convenablement. Il m’a toujours semblé que le son était moins bon avec effets que sans, étrange pour moi qui suis un inconditionnel des effets en tous genres… Il faut savoir que ce Powerball II ne comprend strictement aucun type d’effets d’aucune sorte, même pas une simple reverb à ressorts (ce dont je ne me plaindrai personnellement pas…), ce qui est censé laisser toute latitude pour brancher dessus ce que l’on souhaite suivant ses besoins et goûts. En même temps, il est vrai que le son, qu’il soit clean ou sat est tellement « couillu » d’origine qu’il ne nécessite pratiquement rien de plus qu’une très légère reverb et la même chose en delay… Très intéressant par ailleurs, noise gate et effect loop sont switchables à distance, ce qui permet par exemple de laisser une pédale enclenchée en permanence et de la couper via le footswitch de l’ampli…

imageArticle



Le noise gate intégré pourra dans la plupart des cas éviter l’achat d’un rack supplémentaire même si son action, ajustable au dos de l’ampli, a tendance à être du genre « tout ou rien », vous coupant le sifflet un peu brutalement en cas d’utilisation « massive » ou inversement se montrant un peu trop « léger » si on le sollicite trop timidement. Il faudra donc « travailler » très assidument l’ajustement du gain en saturation en fonction du type de micros guitare utilisés et du volume sonore pour éviter tout larsen.

Un pédalier sera un accessoire fort utile voire indispensable si vous envisagez une utilisation sur scène mais aucun n’est malheureusement livré avec l’ampli… Le pédalier Z9 de la marque est attendu en face arrière et permettra de « piloter » à distance la plupart des fonctions principales de l’ampli. Comme on est plutôt dans le haut de gamme version Mercedes et pas dans le discount version Skoda, les tarifs sont à l’avenant mais c’est comme tout, la qualité a un prix qui ne la rend pas accessible à tous, il faut l’accepter… Puisque nous évoquons le côté « sombre », vous trouverez la tête Powerball II dans les 1700 euros, auxquels il faudra ajouter quelques 200 autres pour disposer du pédalier Z9.

imageArticle



Cette « qualité » n’est pas qu’apparente, tous les matériels ENGL, des combos aux têtes en passant par les baffles et pédaliers sont construits comme on l’imagine, façon tank, et je pense que vous pourrez piétiner et même sauter à pieds joints sur un Z5, vos santiags demanderont grâce avant le matériel… J’en profite pour saluer « l’élégance » et le soin apportés à l’aspect général de la Powerball head avec ses lampes rougeoyantes clairement exposées lorsque l’on enclenche le bousin… c’est vraiment très classe !

Au chapitre des petites choses intéressantes, mentionnons le « Power tube monitoring system » : 4 leds vous informent en permanence sur l’état de fonctionnement des lampes de puissance. Au cas où l’une d’entre elles serait défectueuse, l’ampli ajustera le bias tout seul pour vous permettre de finir le concert sans heurts et avec le minimum de modification de votre son de départ.

imageArticle



Pour ce qui est de la « patate », l’appellation POWERball n’est pas usurpée, même si c’est cher, vous en aurez pour votre argent car chacun des 100 watts est utilisé à plein pour massivement nourrir la bête, big headroom assuré ! Sur de petites, voire moyennes scènes, l’ampli pourra parfaitement se suffire à lui même et vous n’aurez aucun mal à couvrir le batteur… La marge sera grande avant d’overbooster le machin et la définition restera bien au rendez vous même à très fort volume et même dans les ultra basses avec une 7 cordes ou 8 cordes… C’est là que l’utilisation du noise gate prendra tout son sens car il est évident qu’avec une guitare « puissante »… on ne sera jamais loin du crash si vous envoyez le bois…

Sons crunches :



Utilisé sur un baffle Marshall 1936 (Celestion) et un vieux cab Mesa 1x12 équipé en ElectroVoice, (dommage je n’avais pas en ce moment de 4x12), repris par un SM57… Je vous laisse écouter les sons enregistrés avec le Powerball II. Les basses notamment sont monstrueuses sans être envahissantes, c’est une des caractéristiques propres à cet ampli que vous aurez du mal à retrouver chez d’autres constructeurs. Je me suis surpris à rejouer pratiquement sans aucun effet, ce que je n’avais plus fait depuis…….. J’ai plutôt insisté sur le côté « non attendu » de l’ampli pour bien mettre en évidence l’idée qu’il n’est pas que « High gain » et qu’il pourrait plaire à nombre d’entre vous, pas forcément tatoués mais bien vaccinés contre les méchants death metalleux… J’ai également aussi majoritairement utilisé une guitare « gentille », de très grande qualité certes mais pas typée métal, pour sortir un peu de ce qui est proposé sur Youtube et montrer une face un peu cachée de cette marque à la réputation « brutale »… Très bizarrement d’ailleurs, les sons hyper saturés ne sont pas ceux que j’ai le plus appréciés sur cet ampli, je l’ai trouvé au moins aussi bon dans d’autres registres, plus blues lorsqu’il s’agit de sons crunches ou carrément clean où il me semble proposer une alternative intéressante aux Fender entre autres.

High gain 1 :



High gain 2 :



High gain 3 :



High gain 4 :



High gain 5 :



High gain 6 :



Crunch 1 :



Crunch 2 :



Crunch 3 :



Crunch 4 :




Bref, l’ENGL Powerball head m’a une fois encore ouvert les yeux sur un certain nombre d’idées préconçues que l’on peut avoir et qui correspondent souvent à l’image de base de certaines marques. Il faut toujours se méfier de ces « réputations » qui collent à la peau car elles nous font parfois nous détourner de certains matériels bien malencontreusement… Pour le coup, j’ai encore eu la chance de croiser la route d’un super ampli vers lequel je ne serais peut être pas allé d’emblée mais que je ne suis pas prêt d’oublier ! Je ne peux que vous encourager à tenter l’expérience ENGL vous aussi, surtout si vous affectionnez un jeu très naturel sans effets (ou quasiment) et êtes à la recherche d’une belle polyvalence et d’une excellente définition sonore.