Enfin, ça y est, votre home studio est installé, câblé, c’est beau, bien rangé, et en plus, ça marche…. « y a pu ka !!!! » vous souffle votre mémée cauchoise… La forme ? C’est parti ! La guitare branchée dans la carte son ou dans l’ampli selon votre config, on enfonce la touche « REC », le son y est, ça tourne, cool ! Après plusieurs heures de boulot et quelques bonnes suées, le solo du siècle est dans la boite, « pffoouuu c’était chaud hein !!!!! »……. « allez au pieux, on verra pour le mix demain, y fera jour !!!!!! » Effectivement, mémée avait raison, le jour s’est levé, et je me précipite sur le casque pour écouter mes exploits de la veille… Pas mal ! Impec ! Nickel…….. « Ouais mais là juste après le break, t’es un peu décalé….. Et pis là, à 2 ‘’34, t’as un bend juste un poil trop appuyé……. oh remarque, ça s’entend à peine hein ! » Je fronce les sourcils, je réécoute… Mémée m’a tué ! Le petit truc insignifiant mais bien pourri qui vient dévaster tout mon solo par ailleurs impeccable est là, juste entre mes deux oreilles…… Je laisse comme ça ? Je vais quand même pas tout refaire ?
Oui mais si vous ne faites rien, ce « petit truc » vous obsèdera, vous le savez et vous n’en dormez déjà plus…. C’est là qu’intervient non pas Mémée mais Melodyne Editor, l’outil ultime de « retouche » audio qui va vous permettre de ronfler peinard en « gommant » habilement les petits bobos de votre longue vie de guitariste home studiste fou……
G66

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Melodyne Editor est un logiciel éditeur de fichiers audio, et c’est bien plus que le simple « retoucheur » dont je viens de parler même si pour moi, c’est dans ce rôle qu’il est le plus intéressant. Là où d’autres se conteraient d’afficher de beaux échantillons le long d’un axe temporel, Melodyne reconnaît carrément les notes musicales dans les données audio et les affiche sur des grilles de hauteur et de temps, époustouflant !

Dans l’image ci dessous, vous voyez l’écran principal de Melodyne Editor dans lequel j’ai chargé un fichier audio correspondant à un solo de guitare. Chaque « tache » correspond à une note ou à un « son ». Dans la grille de Melodyne editor, au delà du niveau fort ou faible d’enregistrement des fichiers audio que l’on peut faire grossir ou maigrir à la souris, on voit clairement où les notes commencent et où elles se terminent, ainsi que la hauteur de chacune. Ces notes peuvent être modifiées, changées de place, coupées, collées exactement comme on le ferait dans une grille d’évènements midi à la différence que c’est sur de l’audio qu’on travaille… C’est purement et simplement magique, la puissance d’édition devient phénoménale et là où vous auriez ré-enregistré tout un passage un peu limite pour une note mal placée ou pas tout à fait juste (notre exemple d’intro…) et du coup perdu une partie de ce qui était par ailleurs vraiment bien joué, ou chanté, il suffira d’un ou deux clics de souris pour « gommer » les petites imperfections et conserver la prise… Si par exemple, une note est trop basse, on peut la tirer jusqu’à la bonne hauteur, si elle est trop courte, on peut l’allonger, trop faible, on peut la rendre plus forte, etc...

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Dans l’exemple suivant, j’ai choisi une grille temporelle en « triple croche » de façon à pouvoir manipuler les notes avec une extrême précision, au quart de poil près…. mais il y a d’autres possibilités si on souhaite travailler sur des impacts moins complexes, un rythme de batterie… replacer un coup de grosse caisse au bon endroit, dans une mesure, sans que le batteur ait à rejouer toute sa partie. Sur cette deuxième image, j’ai souhaité ne travailler que sur les temps et le rythme, le même solo est représenté différemment, de manière plus sommaire, les notes sont matérialisées par des rectangles clairs, un peu comme sur une piste midi ce qui me permet de les manipuler plus simplement pour les déplacer au besoin sur la grille.

La colonne à l’extrême gauche indique le nom des notes.

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Le deuxième grand intérêt de ce logiciel, c’est qu’il est capable de changer l’audio en midi… Oui vous avez bien lu ! Reprenons de nouveau notre solo enregistré en audio, en un clic, je transforme les notes en infos midi et je me retrouve avec un fichier.mid que je peux ensuite réinjecter dans mon morceau pour faire jouer mes notes de guitare par un autre instrument, midi… D’un certain point de vue, on retrouve un peu des choses que les midi guitaristes connaissent bien : jouer des synthés ou des flutes à la gratte… Le procédé est bien sûr légèrement différent puisqu’il ne s’agit pas là de jeu en temps réel mais cela ouvre aussi des perspectives sympas pour qui ne pratique pas tous les instruments mais souhaite quand même créer des orchestrations complètes… Pour moi par exemple, qui n’est qu’un niveau très modeste de jeu au clavier.

Voir comment ça fonctionne, sommairement, en video :



Melodyne Editor peut se débrouiller « seul » en stand alone, pour travailler sur un fichier audio unique que vous irez chercher sur votre disque dur mais il s’utilisera majoritairement au sein de votre station de travail préférée en tant que plug in, au même titre que tout autre logiciel ou effet que vous avez l’habitude d’utiliser. Si l’on garde l’exemple de notre solo, il suffira de placer Melodyne en plug in sur la piste concernée dans votre Daw, d’ouvrir le logiciel, de cliquer sur « transférer » et de lancer la lecture du passage que vous souhaitez modifier en l’arrêtant là où vous le décidez. Melodyne récupérera les données audio et vous les proposera décomposées notes par notes. Vous travaillerez ensuite dans l’univers Melodyne et une fois les manips terminées, vous reviendrez dans celui de Logic, Pro Tools ou Cubase, tout simplement.

Votre fichier audio d’origine ne sera en fait pas « physiquement » modifié mais seulement par lu par Melodyne au moment où la tête de lecture de la Daw passera dessus …ce côté « non destructeur » s’avèrera particulièrement intéressant car il laissera toujours l’opportunité de revenir sur les changements effectués ou carrément sur la version initiale, excellent…

Pour le compositeur un peu torturé, Melodyne est un véritable terrain de jeu car évidemment, rien n’empêche d’aller encore plus loin en « ré-organisant » toute la prise… Bref, on est vraiment dans l’édition midi… en audio, mortel ! Un tas de nouvelles idées se font jour, favorisant encore la composition : doubler des voies, créer différentes variations d’un même refrain un peu répétitif sans forcément devoir le réenregistrer intégralement, remplacer des notes de basse ou des coups de grosse caisse après que les zicos soient repartis aux States, tout cela de manière très visuelle et simple. Et ce n’est pas tout, on pourrait croire que Melodyne ne gère le traitement audio que lorsqu’il s’agit d’instruments « monophoniques »… Le logiciel s’occupe aussi des « accords » et il sera par exemple envisageable, grâce à la technique DNA (direct note access) de « changer » un accord majeur en mineur et même de détecter les notes à l’intérieur des accords… Je vous l’ai dit, c’est de la magie !

Par contre, il est évident que les traitements audio en question ne pourront s’appliquer qu’à des pistes d’instruments individuels. Rien n’interdit a priori de s’attaquer à un enregistrement audio complet et mixé comprenant tous les éléments constitutifs d’un groupe mais l’intérêt sera limité, à moins de vouloir expérimenter des « effets » très originaux, mais à la limite pourquoi pas ? La création, ça peut être ça aussi…

Evidemment, à ce niveau de traitement audio, le logiciel est toujours perfectible. Plus le fichier audio d’origine sera « clair », plus la détection des notes sera bonne…. Si vous lui demandez le passage d’audio en midi d’un chorus de Malmsteen, certaines notes seront oubliées et vous devrez faire des modifs à la main sur votre fichier.mid mais dans l’ensemble, les « traductions » sont particulièrement efficientes, vélocité comprise, c’est réellement impressionnant. De même, si vous modifiez des notes enregistrées en audio de manière trop prononcée (changer des notes à l’octave par exemple), il y a des chances que le résultat manque un peu de « naturel » et que les « bidouilles soient nettement perceptibles mais encore une fois, en respectant certaines limites, Melodyne sera un outil redoutable.

J’en entends déjà qui vont hurler en lisant tout ça : « maintenant on manipule tout, on corrige tout, plus rien n’est enregistré « au feeling » comme à l’époque des Beatles, on perd en spontanéité, en musicalité, en créativité peut-être, etc… ». Dans l’esprit et dans un autre domaine, je ne peux manquer de faire le rapprochement avec un soft comme Photoshop et de penser à ce super paysage parfaitement cadré et à l’éclairage unique au milieu duquel trône un minuscule « bout » de poteau électrique… Alors que fait-on ? On va chercher la gomme ou on laisse tel que ? Chacun est libre de travailler comme il le souhaite et de continuer à s’éclairer à la bougie aussi... Pour moi, encore une fois, il ne s’agira jamais de tricher ou d’en faire des tonnes avec ce genre de matos mais seulement de m’épargner un boulot inutile au cas où sen l’utilisant à bon escient sans aller dans les extrêmes. Avouez qu’il est tout de même bien pratique de pouvoir revenir sur quelques notes après coup, sans se poser dix mille questions et avec un résultat impeccable à la clé. D’ailleurs, lequel de tous ces fabuleux gratteux au jeu parfait que nous écoutons tous ne s’est pas un jour amusé à cela, sans pour autant que la qualité de son travail soit remise en cause!

Le logiciel est proposé aux environs de 300 euros, ce qui, compte tenu de ce qu’il sait faire n’est vraiment pas énorme. Bref, voilà encore une fabuleuse découverte pour le petit home studiste que je suis et je ne saurais trop vous encourager à tenter l’expérience… en téléchargeant une version d’essai sur le site de Celemony par exemple. Cela vous donnera aussi l’occasion de visionner les vidéos très explicites montrant le fonctionnement du logiciel dans ses différentes utilisations possibles.

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